Si je devais aujourd’hui définir les Français, je définirais une bonne partie de la population comme des entités passives, comme de simples témoins de ce qui se passe dans leur pays.
L’hypocrisie règne dans nombreuses sphères politiques, sur certaines scènes professionnelles, à la télévision, et même dans l’intimité de certaines de nos maisons, sans que nous réagissions.
L’hypocrisie a une dimension beaucoup plus grossière, sombre et subtile que le mensonge. C’est un manque d’honnêteté très sibylline, où l’on cache sa propre personnalité tout en exhibant une noblesse morale irréprochable.
Je n’aime pas les mensonges, aussi pieux et petits soient-ils, et il en est de même pour l’hypocrisie. Ils décident pour moi de ce que je dois ou non savoir, de comment je dois faire, et de la part de qui je dois apprendre quelque chose. Ils m’incitent à me méfier du monde et à me forger une carapace. Ils mettent en doute mille vérités et des centaines de sentiments que je croyais sincères.
Enfant, on m’a appris à toujours dire la vérité, mais évidemment, comme à tout un chacun, il m’est arrivé de mentir, pour éviter une punition, pour atteindre un objectif, pour m’adapter à une situation…
Les adultes m’ont appris que la vérité est bonne et que mentir est une habitude qu’il vaut mieux ne pas prendre. Ils m’ont aussi enseigné la pratique des nuances subtiles et des recoins sinueux. C’est dans l’étape de « morale conventionnelle », aux environs de 12 ans, que j’ai pris conscience du sens de justice. J’ai aussi découvert comment les adultes peuvent tomber dans leurs propres contradictions et être hypocrites.
Après le départ de ma mère adoptive, j’ai baigné dans une ambiance ou les mensonges pieux étaient la règle, j’en ai souffert plus tard, après le décès de mon père adoptif.
Je préfère la vérité, même si elle fait mal, même si mon monde s’écroule, je serai ainsi, libre de prendre le chemin que je veux et de guérir mes blessures avec le temps.
On exigeait de moi que je sois sincère, mais beaucoup n’appréciaient pas lorsque je disais la vérité. Progressivement, j’en suis arrivée à des situations dans lesquelles je me demandais s’il valait mieux : offenser en étant sincère ou mentir par « bonne éducation ».
J’ai donc accepté que l’hypocrisie règne et prévale sur le reste. J’ai construit avec elle une fausse vie en commun. Une vie en commun qui exhibe de glorieux principes moraux et de belles idéologies sous lesquelles se cachent la lâcheté ou la simple indifférence vis-à-vis des autres.
Le déclic est venu grâce, encore une fois, à la sagacité de ma thérapeute dont je n’arrêterais jamais de chanter les louanges. Elle m’a appris à réfléchir et non l’école, à comprendre que les seules attentes auxquelles je devais obéir, étaient les miennes. Que je méritais d’établir des relations sincères fondées sur le respect et la reconnaissance ! Que la vérité blesse une fois et que le mensonge est ancré à jamais.
Le plus important, ce n’est pas seulement le fait de dire la vérité, mais également de savoir la recevoir. Depuis, j’exige toujours la vérité, quand il s’agit d’établir une relation, c’est le seul moyen de bâtir avec force et intégrité cette relation.
Pour conclure, cela vaut la peine de faire un usage sain de la vérité qui fait mal, mais qui finit toujours par guérir. Ceux qui se limitent à inventer des mensonges réconfortent dans un premier temps et tuent dans un deuxième. Ce n’est pas bon.







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