Condamnées À Être Libres : Un Manifeste Féministe Inspiré De Sartre
Je me souviens de cette soirée où, j’ai osé dire que je n’avais pas l’intention de me marier. Un silence gêné a suivi. Les regards, à la fois étonnés et inquiets, ont pesé sur moi comme un rappel brutal des attentes qui, depuis l’enfance, façonnent insidieusement nos trajectoires. « Tu changeras d’avis », m’a-t-on dit avec une certitude paternaliste. Peut-être. Mais ce jour-là, j’ai compris quelque chose de fondamental : ma liberté ne serait jamais un état, mais un projet, une lutte permanente contre l’inertie des normes sociales.
L’existentialisme sartrien m’a offert un cadre intellectuel pour penser cette tension. Pour Sartre, la conscience n’est pas une entité passive ; elle est toujours projetée vers l’avenir, en quête de sens et d’action. Si l’être humain est « condamné à être libre », c’est parce qu’il ne peut échapper à la responsabilité de ses choix. Or, être une femme dans une société qui assigne encore des rôles figés signifie que cette liberté n’a rien d’évident. Il faut la conquérir.
Je l’ai ressenti mille fois dans ma propre vie. Quand, adolescente, on me répétait que certaines de mes ambitions étaient « peu féminines ». Quand, adulte, j’ai compris que mes choix étaient toujours scrutés sous l’angle de la conformité : trop indépendante, trop ambitieuse, trop bruyante. C’est là que Sartre m’a offert une clé essentielle : l’Autre nous regarde, nous enferme dans une essence qu’iel projette sur nous, mais nous avons le pouvoir de nous en extraire. Être libre, c’est refuser cette assignation et se choisir soi-même, à chaque instant.
Bien sûr, l’illusion serait de croire que cette liberté est sans entraves. Les obstacles sont réels : économiques, culturels, politiques. Mais Sartre nous rappelle une chose essentielle : nous sommes responsables, non pas de ces obstacles, mais de notre manière de leur répondre. Il ne s’agit pas de nier les déterminismes, mais de refuser d’en être prisonnières. Choisir, c’est déjà résister.
Alors, oui, nous sommes « condamnées à être libres ». Et c’est une chance. Car dans cette liberté conquise, il y a la possibilité de redéfinir ce que signifie être une femme aujourd’hui, au-delà des injonctions. Il y a la force de dire non, de tracer sa propre route, de revendiquer une autonomie qui n’a pas à être justifiée. La liberté n’est pas donnée, elle se prend.
À toutes celles et ceux qui doutent, qui hésitent, qui se sentent piégé·e·s dans un rôle imposé, je n’ai qu’une chose à dire : osez vous projeter au-delà. C’est là que tout commence.
À bientôt pour de nouvelles réflexions philosophiques,







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