Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

Quand La Société Dicte Nos Envies : Le Poids Des Normes Dans Nos Plaisirs Coupables

Et Si Nos Goûts « Honteux » En Disaient Plus De La Société Que De Nous-Mêmes ?

Introduction

Je l’avoue sans détour : j’écoute encore les « Destiny’s Child »ou les « Plasticines » à fond dans ma voiture, vitres fermées. Pas par pudeur musicale, non. Plutôt par peur du regard de l’autre, du jugement moqueur ou condescendant. Ce n’est pas tant le plaisir qui dérange, c’est la manière dont il est perçu. Alors je me suis posé cette question : pourquoi ai-je honte d’aimer quelque chose qui me fait du bien ? Pourquoi appelle-t-on cela un « plaisir coupable » ?

Définir Le Plaisir Coupable : Entre Satisfaction Personnelle Et Pression Sociale

Un plaisir coupable, c’est cette petite bulle de joie intime que l’on s’accorde, tout en y accolant une pointe de honte. Ce peut être une émission de télé-réalité, un fast-food à minuit, ou des romans qualifiés de « littérature de gare ». On les aime, mais on les cache. Pourquoi ? Parce que derrière ces plaisirs se cache une norme sociale silencieuse : certains goûts seraient plus légitimes que d’autres.

Le philosophe Clément Rosset parle de « réalité refoulée » : ce que l’on ressent profondément n’a parfois pas sa place dans l’espace public. On nous apprend à hiérarchiser nos désirs. Ceux qui sont valorisés (l’art « noble », la cuisine « gastronomique », les loisirs « intelligents ») et ceux qu’on relègue au placard.

Les Normes Sociales À L’origine De La Culpabilité : Genèse Et Rôle Historique

Historiquement, les normes ont eu un rôle structurant : elles créent du lien social, elles encadrent, elles régulent. Mais elles définissent aussi, implicitement, ce qui est « bon » ou « mauvais », « digne » ou « ridicule ». L’historienne Mona Chollet rappelle que la culture dominante se construit souvent par exclusion, en disqualifiant ce qui vient du populaire, du féminin ou du marginal.

Ces jugements sont le fruit d’un long héritage de distinctions sociales, comme l’a brillamment montré Pierre Bourdieu dans « La Distinction » : nos goûts ne sont pas que personnels, ils sont aussi des marqueurs sociaux.

Quand La Norme Devient Une Cage : Stéréotypes, Attentes Genrées, Hiérarchies Culturelles

En tant que femme, j’ai souvent ressenti une injonction paradoxale : être cultivée mais pas trop « intello », légère mais pas superficielle. La société a des attentes précises sur ce que « devraient » aimer les femmes, et ce qu’elles devraient éviter. On stigmatise par exemple les « romcoms » ou les chansons pop adorées des adolescentes, comme si leur public les rendait moins dignes d’intérêt.

Ces jugements ne sont pas anodins : ils sont genrés, classistes, parfois racistes. Ils perpétuent l’idée qu’il y aurait un bon goût « universel », en réalité construit selon des critères très situés.

Les Effets Sur Le Bien-Être Et L’identité Personnelle : Conflit Intérieur, Auto-Censure

À force de vouloir se conformer, on apprend à se censurer. On n’écoute plus ce qui nous émeut, mais ce qui est acceptable. Cette dissonance entre ce que l’on aime et ce que l’on « devrait » aimer, crée une forme de tension intérieure, voire une perte de repères. On en vient à douter de ses choix, à se juger soi-même à travers les yeux des autres.

Une étude publiée dans le Journal of Consumer Research (2014) a montré que les plaisirs coupables, bien que vécus dans la honte, procurent un bien-être authentique. Ils participent à notre équilibre émotionnel. En nier l’importance, c’est se couper d’une partie de soi.

Vers Une Libération Intérieure : Pistes De Réflexion, Résistances Individuelles Et Collectives

La première étape vers la libération, c’est de prendre conscience du conditionnement. Identifier la norme, c’est déjà commencer à la déjouer. On peut ensuite revendiquer ses plaisirs – sans ironie ni excuse. J’ai appris à dire sans détour que j’aime les comédies romantiques de Noël, parce qu’elles me font du bien, et que cela suffit.

Mais cette déconstruction est aussi collective. En valorisant des voix multiples, en diversifiant nos références culturelles, en écoutant celles et ceux qu’on a longtemps moqués, on élargit le champ des possibles.

Conclusion

Nos plaisirs ne sont pas des erreurs à cacher, mais des expressions de notre humanité. Ils racontent des parts de nous souvent invisibles. Les assumer, c’est revendiquer le droit d’exister pleinement, loin des diktats invisibles. C’est aussi, à plus grande échelle, participer à une société plus douce, plus tolérante, plus vraie.

 


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