Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

Entre défense de l’État de droit et luttes sociales

Quand la rue devient conscience : ces mobilisations qui réveillent nos responsabilités

Le 3 avril, puis le 12, j’ai vu des pancartes s’élever, des voix s’unir, des visages se tendre dans un même souffle. Paris, Lyon, Toulouse, Nantes, Nice… Dans tout le pays, des cortèges rassemblant ONG, syndicats, collectifs citoyens et anonymes ont défilé pour une cause qui dépasse les clivages : défendre l’État de droit, les libertés fondamentales, la justice sociale. J’ai suivi ces mobilisations avec un mélange d’élan et d’interrogation. Quelque chose en moi s’est réveillé : une forme d’urgence tranquille, un besoin d’en parler.

Et si, au fond, ce moment révélait autre chose qu’un simple appel à manifester ?

Le contexte : une démocratie sous tension

Tout a éclaté après la condamnation de Marine Le Pen par la Cour de cassation pour incitation à la haine raciale – une décision historique, saluée par les défenseurs des droits mais violemment rejetée par le Rassemblement National. La réaction du parti fut immédiate : accusations contre la justice, appels à « reprendre le pouvoir au système », discours victimaires. Dans ce climat, l’appel à manifester est apparu comme une réponse ferme et transversale à ce que beaucoup perçoivent comme une menace contre la démocratie elle-même.

J’avoue avoir ressenti un frisson d’inquiétude. Pas tant face à une figure politique condamnée, mais devant la facilité avec laquelle l’indépendance de la justice est attaquée, et parfois relativisée. Il y a là une ligne rouge. Et quand cette ligne tremble, comment rester indifférente ?

L’union des voix : ONG, syndicats et citoyens

Ce qui m’a profondément marquée, c’est la diversité des visages dans les rues. Amnesty International, la LDH, Attac, Solidaires, la CGT, des collectifs étudiants, des mères de famille, des retraité·e·s. Une mosaïque d’engagements, chacun venu avec son histoire, ses raisons, ses colères. Une convergence inédite, imparfaite, mais puissante.

Je me suis reconnue dans cette foule sans uniforme. Moi qui ai souvent hésité à m’engager, par peur d’être trop, ou pas assez, j’ai senti que l’essentiel était là : être présente, à sa manière. J’ai déjà marché, j’ai déjà signé, j’ai déjà douté. Mais là, c’était différent. Comme un appel à sortir du silence diffus dans lequel on glisse parfois, à force de nouvelles désespérantes.

L’État de droit et les droits sociaux : une même bataille ?

Ce qui m’interpelle, c’est cette jonction entre revendications démocratiques et sociales. Ce n’est pas nouveau, mais cette fois, cela semblait plus clair : défendre la justice, c’est aussi défendre celles et ceux qui en sont le plus éloigné·e·s. L’État de droit n’est pas un concept abstrait. Il protège, ou il délaisse. Il garantit ou il trahit. Et les services publics, malmenés, sont souvent le dernier rempart.

Je repense à cette discussion avec une aide-soignante croisée lors d’une précédente manif : « On parle de démocratie, mais moi, je ne me sens pas écoutée depuis des années ». Cette phrase m’a longtemps poursuivie. Parce que oui, la démocratie commence peut-être là : dans l’écoute réelle, la considération des plus invisibles.

La place du citoyen·ne : acteur, spectateur ou relais ?

Je crois que c’est ici que tout se joue. Dans cette bascule intime entre regarder et agir, entre lire un article et prendre la rue, entre partager une indignation et la transformer en acte. Mais je comprends aussi la lassitude. L’impression que tout a déjà été dit, crié, débattu. Le risque du cynisme est grand, surtout quand les victoires semblent si minces.

Moi-même, je vacille. Certains jours, j’ai envie de tout envoyer valser. D’autres, un mot, une image, une présence suffisent à raviver la flamme. Peut-être que notre rôle n’est pas d’être toujours sur le front, mais de rester éveillé·e·s. Et d’être là, quand ça compte.

Et demain ? Quelle mobilisation voulons-nous ?

Alors, que faire ? Manifester, bien sûr, mais pas seulement. Discuter, transmettre, voter, lire, écrire. Se former, aussi. Comprendre pour mieux agir. Parce que la démocratie se joue aussi dans nos choix quotidiens : dans l’école qu’on défend, le journal qu’on soutient, le silence qu’on refuse.

Je crois à la force des petits gestes. À ces graines qu’on sème sans toujours voir éclore. Et je crois, plus que jamais, à la mobilisation sensible, incarnée, solidaire. Celle qui ne cherche pas à convaincre, mais à relier. Et vous, comment choisissez-vous d’habiter ce monde ?

Conclusion

Ces mobilisations du mois d’avril ne sont pas qu’un écho de plus dans le tumulte médiatique. Elles sont une tentative – lucide, sincère, collective – de dire : nous ne voulons pas céder. Ce n’est pas un sursaut idéologique, c’est un réflexe humain.

Et si elles ont réveillé quelque chose en vous, alors c’est qu’elles ont déjà accompli une partie de leur mission.

 


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