Les petits billets de Letizia

Un blog pour donner à réfléchir, pas pour influencer… #SalesConnes #NousToutes


Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Pourquoi Ça Part Au Clash ?

 Quand La Politique, La Religion Ou Le Football Font Exploser Les Conversations… Et Comment On Peut Apprendre À S’écouter.

Je me souviens d’un début de soirée à Nice, une terrasse bondée, le soleil encore tiède sur les façades ocre, les rires faciles… jusqu’à ce que ça dérape. On était entre ami·e·s, à siroter un verre en fin d’après-midi, quand deux membres de notre groupe – pourtant habituellement complices – se sont chauffé·e·s autour d’un sujet a priori anodin : PSG contre OM. En quelques minutes, le ton est monté, les piques sont devenues des insultes, les corps se sont redressés, les regards se sont durcis. Ça aurait pu dégénérer. J’en suis même venue à les traiter de « deux de QI » avant de les laisser, avec quelques amies, à leurs psychodrames pour terminer la soirée ailleurs, au calme.

Pourquoi certains sujets, qu’ils soient aussi sérieux que la politique ou aussi populaires que le foot, déclenchent-ils de telles tempêtes émotionnelles ? Pourquoi ces conversations, qu’on imagine enrichissantes, tournent-elles si souvent au règlement de compte ? Je me suis longtemps posé la question. Aujourd’hui, je crois qu’il faut aller gratter du côté de l’identité, de l’égo, de la peur. Et surtout, qu’on peut faire autrement.

Ces Sujets Qui Allument Des Feux

Politique, religion, football : trois piliers d’apparence très différents mais qui partagent un point commun essentiel – ils touchent à ce que nous sommes, ou croyons être. Ces sujets construisent nos appartenances, nos valeurs, nos passions. Ils définissent souvent notre rapport au monde, à la justice, au groupe.

Et moi, dans tout ça ? J’ai longtemps fui ces conversations. Non pas par lâcheté, mais parce qu’elles me mettaient physiquement mal à l’aise. J’ai vu des gens que j’aimais se transformer en juges ou en procureurs, simplement parce qu’on ne votait pas pareil, ou qu’on ne croyait pas au même « dieu foot ». Ce soir-là à Nice, c’était l’exemple parfait. J’ai senti que ça ne servait à rien d’essayer d’arrondir les angles. J’ai préféré partir.

Quand Débattre Devient Une Lutte De Pouvoir

Ce qui me frappe, c’est que ces échanges ne cherchent pas toujours à comprendre, mais à convaincre – ou pire, à écraser. Selon la psychologue sociale Emmanuelle Piquet, derrière la violence verbale se cache souvent une peur fondamentale d’être invalidé·e ou de perdre la face (source : Le Monde, 2023). Et sur les réseaux sociaux, c’est encore plus flagrant : chacun·e joue sa partition sous les yeux d’un public invisible, dans une sorte de joute où il faut briller, quitte à humilier.

Dans mon entourage, je vois souvent ces dynamiques. Certain·e·s ont besoin d’imposer leur point de vue comme une vérité absolue, quitte à rendre l’échange toxique. Le débat devient un terrain de domination, pas un lieu d’élaboration collective.

Censurer Ou Fuir : De Fausses Solutions

Je me suis parfois tue pour éviter l’explosion. Des repas entiers à sourire poliment pendant qu’un·e ami·e alignait des opinions contraires aux miennes, juste pour ne pas « plomber l’ambiance ». Mais ce silence-là pèse, il crée de la distance. Il me fait douter de mes propres convictions, parfois.

Et puis, il y a ce danger : à force de ne plus se dire les choses, on se coupe. On s’installe dans une forme d’hypocrisie relationnelle. Comme l’écrit le sociologue Gérald Bronner : « La censure – même bien intentionnée – ne fait que renforcer les certitudes en vase clos » (La démocratie des crédules, PUF, 2013).

Écouter Pour Comprendre : Vers Une Culture Du Dialogue

Ce qui m’aide aujourd’hui, c’est d’essayer d’écouter l’émotion derrière les mots. Derrière une remarque cinglante, il y a souvent une peur, une colère ou une blessure. J’ai le souvenir d’une amie proche, pro-vaccin engagée, qui a fondu en larmes après une conversation tendue avec une anti-vax de notre entourage. En creusant un peu, j’ai découvert que cette dernière avait perdu un proche peu après une injection. Là, le débat a changé de ton. On n’était plus dans l’opinion, mais dans le vécu.

Apprendre à entendre l’autre, même quand il ou elle nous irrite, c’est un exercice d’humilité. Et ça fait du bien.

Apprendre À Débattre Autrement

Et si on apprenait, dès l’école, à débattre sans s’écharper ? Pas seulement en cours d’éducation civique, mais partout : en français, en philo, en sport même. J’aimerais que les jeunes soient outillé·e·s pour exprimer une idée, l’écouter se faire contredire, et répondre sans violence. (La banalisation de la violence verbale doit faire l’objet de politiques publiques)

Certaines initiatives m’inspirent : des cafés-débats dans des lycées, des ateliers de « désaccords féconds » dans certaines associations (Les Petits Débrouillards, par exemple.). Ce sont des graines. Pas des miracles. Mais elles peuvent changer la texture de nos échanges, petit à petit.

En Guise De Point De Suspension

Aujourd’hui, je n’évite plus ces sujets. Mais je choisis avec qui, et comment, les aborder. J’essaie de rester ouverte, sans me renier. Et j’accepte que parfois, le silence soit aussi une réponse – mais pas une fuite.

Et vous, comment vivez-vous ces discussions brûlantes ? Vous arrive-t-il de fuir… ou d’allumer le feu ?

 


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