Face à la maladie et à la perte d’autonomie, le choix de Pierre Cousein nous interroge sur notre rapport collectif à la dignité, à la liberté et à la fin de vie choisie.
Il s’appelait Pierre Cousein. Il était informaticien, passionné par son métier, et vivait avec la maladie de Parkinson. Il a choisi de mourir, en Belgique, parce que la France ne le lui permettait pas. Son dernier mot a été « Merci ».
Je n’écris pas cet article pour provoquer, ni pour trancher des débats à la hâte. J’écris en tant que femme, citoyenne, et être humain qui s’interroge. Ce que Pierre nous laisse, ce n’est pas seulement un acte, c’est un message. Un papillon bleu a volé en silence sur le plateau de C à vous pour lui rendre hommage. Ce papillon, fragile et lumineux, est devenu pour moi le symbole d’un choix profondément humain : celui de vouloir rester libre, jusqu’au bout.
Une Décision Intime, Un Geste Politique
Le choix de Pierre, comme celui de tant d’autres, est d’abord une décision personnelle, intime. Mais ce qu’elle provoque en retour – médiatiquement, socialement, politiquement – dépasse largement la sphère privée. Choisir le moment de sa mort, c’est refuser que la souffrance décide à notre place. C’est rester sujet, acteur de sa vie, même dans l’ultime étape.
Je n’ai pas connu ce type de douleur. Mais je sais, parce que je l’ai vécu ce que c’est que de voir quelqu’un qu’on aime s’éteindre à petit feu, sans possibilité d’agir. Cette impuissance heurte. Elle blesse l’idée même de dignité.
L’euthanasie, Un Droit Encore Refusé
En France, la loi Claeys-Leonetti permet la sédation profonde mais interdit l’euthanasie active. Résultat : en 2022, selon l’association Le Choix, 106 Français ont traversé la frontière belge pour obtenir un droit qu’ils estiment légitime.
Pourquoi ce droit fondamental reste-t-il si tabou ? Pourquoi la peur d’en abuser pèse-t-elle plus lourd que la souffrance avérée ? Un encadrement strict, comme en Belgique, aux Pays-Bas ou en Suisse, est possible. Il existe. Il fonctionne. Refuser ce débat revient à laisser certains mourir seuls, loin des leurs, dans un exil silencieux.
Choisir, C’est Aussi Aimer La Vie
Pierre ne voulait pas mourir parce qu’il détestait la vie. Il ne voulait pas devenir, selon ses propres mots, « prisonnier de [son] corps ». Ce n’est pas un renoncement, c’est une affirmation. Celle que la liberté n’est pas un luxe réservé aux bien-portants.
Je comprends cette peur-là. Celle de n’être plus qu’un corps, allongé, dépendant, privé de voix. Même sans l’avoir vécue, je sais qu’elle existe. Et je crois que l’amour de la vie passe aussi par le respect du choix de la quitter quand elle devient insupportable.
Le Papillon Bleu, Ou La Symbolique Du Souvenir
Le jour de l’hommage rendu à Pierre sur C à vous, un papillon bleu a traversé l’écran, discrètement. C’était simple, et bouleversant. Ce geste a résonné longtemps en moi. Car il parlait du deuil autrement.
Je crois aux symboles. Je crois qu’ils nous aident à dire ce que les mots peinent à formuler. Le souvenir, l’absence, l’adieu… je les ai connus. Et si je n’ai pas toujours su comment dire au revoir, j’ai appris à écouter ces petits signes, ces gestes infimes, qui relient les vivants aux disparus.
Vers Un Débat Nécessaire Et Humain
Il est temps d’ouvrir ce débat, sans dogmes ni peur. Il ne s’agit pas de banaliser la mort, encore moins de la rendre systématique. Il s’agit d’écouter ceux qui, dans la douleur, demandent une sortie digne.
L’euthanasie doit être encadrée, évaluée avec rigueur, entourée d’un consentement libre et éclairé. Mais elle ne doit plus être un privilège réservé à ceux qui ont les moyens ou la force de partir ailleurs.
Penser la mort autrement, c’est aussi, en creux, penser la vie avec plus de justesse, de vérité, de solidarité.
Conclusion
Je reste convaincue que le temps est venu de parler de la fin de vie autrement. Avec lucidité, avec respect, avec humanité.
Et moi, le moment venu, qu’aimerais-je pouvoir choisir ? C’est une question qui ne cesse de résonner. Peut-être qu’au fond, elle est moins effrayante que l’idée de ne pas pouvoir la poser du tout.
Sources utilisées :
– Le Monde, « L’euthanasie en Belgique : des Français de plus en plus nombreux à traverser la frontière », publié en 2023.
– Le Choix, association pour le droit de mourir dans la dignité : admd.org
– Témoignage et hommage à Pierre Cousein sur *C à vous*, France 5, avril 2024.







Laisser un commentaire