Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Voir Autrement : Penser La Sexualité Lesbienne Hors Des Fantasmes

 Ce Que L’on Ne Voit Pas, Ce Que L’on Ne Nomme Pas

Je ne suis pas lesbienne, mais bisexuelle. Et c’est justement en tant que femme bi que je mesure l’ampleur des silences qui entourent certaines sexualités. Celle des femmes qui aiment les femmes, par exemple, continue d’être méconnue, déformée, mal racontée. Trop souvent, elle est soit effacée des récits collectifs, soit réduite à un fantasme. Cette double peine me révolte.

Je défends toutes les sexualités minorisées, non pas au nom d’une neutralité distante, mais parce que ces questions nous concernent toustes. Elles touchent à notre manière de penser le désir, la norme, la liberté. Alors, comment rendre justice à la sexualité lesbienne en tant qu’expérience vécue, et pas simplement comme projection fantasmée d’un regard extérieur ?

Une Histoire De Silence – Invisibilisation Et Répression

L’histoire officielle de la sexualité lesbienne est un long tunnel de silences. En France, l’homosexualité féminine n’a pas été criminalisée comme l’homosexualité masculine, mais elle a été ignorée, niée, effacée. Dans les années 1940 à 1980, le lesbianisme était soit considéré comme une pathologie, soit simplement inexistant dans les discours publics.

Antoine Idier, historien et sociologue, montre dans « Les Alinéas au placard » combien les lesbiennes ont été absentes des débats, des lois, des archives. Pas de reconnaissance, pas de visages, pas de récits. Cette invisibilisation historique se poursuit dans les manuels scolaires, les programmes éducatifs, les mémoires collectives.

Le Piège Du Fantasme – La Sexualité Lesbienne Vue Par Les Hommes

Quand la sexualité lesbienne apparaît, c’est souvent dans un cadre pornographique façonné pour des spectateurs hétérosexuels. La chercheuse Sarah Jean-Jacques le souligne : cette pornographie mainstream présente des femmes qui simulent une intimité sans désir réel, uniquement pour nourrir l’imaginaire masculin.

Ce fantasme visuel détourne la sexualité lesbienne de ce qu’elle est : une expérience d’émancipation, de lien, de découverte de soi. Il la transforme en objet de consommation. Et ce regard fausse tout. Il colonise l’imaginaire collectif, y compris celui des jeunes femmes qui cherchent à comprendre leur propre désir.

Quand Parler Devient Politique – La Parole Lesbienne Comme Acte De Réappropriation

C’est pourquoi prendre la parole est un acte politique. Écrire, dire, filmer, dessiner : c’est revendiquer le droit d’exister en dehors du fantasme. Monique Wittig, dans La Pensée straight, l’a formulé avec force : « Il n’y a pas de lesbianisme dans le discours dominant ».

Aujourd’hui, des autrices comme Alice Coffin, ou encore des artistes comme Phia Ménard, participent à cette réappropriation. À travers des récits intimes, des œuvres littéraires ou scéniques, elles redonnent à la sexualité lesbienne sa complexité, son humour, ses blessures, sa joie.

Même en tant que personne bi, je ressens profondément le besoin d’entendre ces voix. Parce qu’elles nous enrichissent, nous questionnent, et nous permettent d’élargir les possibles.

Déconstruire Pour Reconstruire – Rôle Des Alliés Et Des Médias

Mais ce travail ne peut reposer uniquement sur les concernées. Il faut des allié·e·s. Pas pour parler à leur place, mais pour ouvrir des espaces, porter des récits, intégrer d’autres formes de sexualité dans les médias, les écoles, les conversations.

Des initiatives émergent : des podcasts comme Coming Out, des séries comme Gentleman Jack, des ateliers d’éducation à la sexualité inclusive. Ces efforts doivent être soutenus. Car une représentation juste n’est pas un luxe. C’est une nécessité pour une société plus équitable.

Une Sexualité À Penser Autrement – Au-Delà Des Normes Patriarcales

La sexualité lesbienne ne reproduit pas les modèles patriarcaux de pouvoir, de possession, de pénétration. Elle interroge ces normes. Elle élargit les définitions du plaisir, du consentement, de la relation. Elle invente d’autres formes de partage, d’attachement, de liberté.

Penser cette sexualité, c’est aussi penser une société où les corps ne seraient plus classés selon leur conformité à une norme hétérosexuelle. C’est imaginer des formes de liens qui ne soient pas hiérarchisées, mais choisies.

Vers Une Visibilité Juste, Pas Spectaculaire

Rendre visible la sexualité lesbienne ne signifie pas la surexposer. Cela veut dire en parler avec justesse, sans fantasme ni filtre. Cela signifie aussi écouter celles qui vivent cette expérience, les lire, transmettre leurs paroles.

Je crois profondément que cette écoute nous transforme, toutes et tous. Elle nous apprend à aimer autrement, à penser le désir autrement, à construire un monde moins normé, plus libre. Et c’est un combat que je porte, en tant que bi, en tant que femme, en tant qu’alliée.

 


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