Une Exploration Personnelle Et Collective De Nos Craintes Face À Celleux Que L’on Ne Comprend Pas Encore
À L’Origine D’Un Malaise Qui Ne Dit Pas Son Nom
La peur est une compagne discrète. Elle s’invite sans prévenir, change de visage selon les circonstances, et parfois, s’impose avec tant d’évidence qu’on en oublie de la remettre en question. Pourtant, aussi familière soit-elle, elle reste une émotion que j’ai longtemps considérée embarrassante. Peut-être parce que j’ai grandi avec cette idée qu’avoir peur, surtout dans des situations ordinaires, était un signe de faiblesse.
Je me suis surprise à ressentir un malaise diffus dans certaines situations sociales : un regard fuyant, une distance que je ne m’expliquais pas toujours, ou ce besoin instinctif de me replier quand l’environnement m’était inconnu. Ce n’était pas tant la peur du danger que celle de l’inconfort, de la différence, de ce que je ne maîtrisais pas.
Récemment, je suis tombée sur un article intitulé « La peur se nourrit de l’ignorance ». Il a mis des mots sur quelque chose que je pressentais confusément : la peur, bien souvent, ne naît pas de ce que nous savons, mais de ce que nous ignorons. Cela m’a poussée à entamer une introspection sur mes propres réflexes et à questionner cette peur qui prend racine dans l’inconnu.
Ce texte est donc une exploration à la croisée de mes émotions, de mes pensées et de mes apprentissages. Je vous y invite avec sincérité.
Comprendre La Peur Pour Mieux L’Apprivoiser
L’article mentionné évoque d’abord la fonction protectrice de la peur. Elle nous permet de détecter des menaces, de réagir rapidement, de survivre. Mais dès qu’elle s’enracine dans l’ignorance, elle perd de sa pertinence. Elle devient irrationnelle, déformée par nos biais, amplifiée par des contextes sociaux qui la valident parfois.
Selon le psychologue Daniel Kahneman, nos décisions sont largement influencées par le système 1, c’est-à-dire des réactions rapides, intuitives, émotionnelles. La peur y trouve un terreau fertile, surtout lorsqu’elle est alimentée par un manque d’informations ou de compréhension ([Thinking, Fast and Slow, 2011]).
Je reconnais ce mécanisme en moi. Il m’est arrivé d’éprouver une peur diffuse face à une personne simplement parce qu’elle ne correspondait pas aux repères qui me rassurent : un langage inconnu, une apparence inhabituelle, un comportement différent du mien. Pourtant, rien ne justifiait objectivement mon malaise. J’avais peur, sans raison valable. Et c’est ce décalage entre ce que je ressentais et ce que je savais qui m’a poussée à aller plus loin dans la réflexion.
Avez-vous déjà eu peur sans comprendre pourquoi ?
Quand L’Autre Devient Une Source D’Inquiétude
Un passage de l’article m’a particulièrement marquée : il y était question d’un exemple fictif, celui d’un·e inconnu·e doté·e de quatre bras. Instinctivement, cette figure provoque rejet ou inquiétude, alors même qu’elle ne représente aucune menace. C’est bien cette étrangeté qui, par son seul écart à la norme, éveille la peur.
Cela m’a rappelé à quel point nos conditionnements culturels influencent notre perception de l’autre. Nous avons appris, souvent sans nous en rendre compte, à nous méfier de ce qui s’éloigne de la majorité. Et cette méfiance peut s’installer dans des gestes anodins : éviter une conversation, changer de trottoir, baisser les yeux.
Je me souviens d’un moment précis dans les transports : un homme parlait fort dans une langue que je ne comprenais pas. J’ai d’abord ressenti un agacement, puis une crispation. Pourquoi ? Il ne faisait rien de menaçant. Mais sa différence me bousculait. Et je l’ai ressenti comme une intrusion. Ce pincement au cœur, je le reconnais : c’est la peur née de l’ignorance, déguisée en gêne.
Combien de fois généralisons-nous à partir d’un cas isolé ? Et que dit cela de notre rapport au monde ?
L’Éducation Comme Antidote Aux Peurs Irrationnelles
Ce qui m’a aidée à déconstruire certaines de ces peurs, c’est l’éducation – pas seulement celle reçue à l’école, mais celle que je me suis donnée ensuite, en allant vers ce que je ne comprenais pas.
L’éducation formelle pose des bases, mais elle est souvent insuffisante pour aborder la complexité des émotions et des relations humaines. C’est en lisant des récits de vie, en écoutant des podcasts comme « Les Couilles sur la table » ou « Kiffe ta race », en regardant des documentaires comme « Demain, tous crétins ? » ou « Human », que j’ai commencé à comprendre combien nos représentations façonnent notre façon d’habiter le monde.
Je pense notamment à une discussion avec une amie voilée. Pendant longtemps, j’avais une vision très stéréotypée de ce que son choix représentait. Nos échanges m’ont forcée à faire un pas de côté. À déconstruire mes projections. Ce que je croyais savoir, je l’avais hérité sans l’avoir interrogé.
Et vous, qu’avez-vous récemment compris sur vous-même grâce à une rencontre ou une lecture ?
Ce Que Ma Réaction Dit De Moi
Même aujourd’hui, alors que je revendique une certaine ouverture d’esprit, je me surprends à ressentir ces peurs latentes. Elles ne parlent pas tant de l’autre que de moi. Elles racontent mes réflexes conditionnés, les automatismes hérités, les images répétées dans les médias.
Je l’accepte sans me résigner. Car reconnaître ces peurs, ce n’est pas s’y soumettre. C’est refuser de les laisser guider mes décisions. C’est tenter de les comprendre, pour mieux les transformer.
Il y a une exigence dans cette démarche. Elle demande du courage, une certaine vulnérabilité aussi. Mais elle offre un espace de réconciliation : entre ce que je ressens et ce que je choisis de faire. Entre mes peurs et mes valeurs.
Et vous, que dit votre peur de vous ?
Vers Une Rencontre Avec L’Inconnu
Si j’ai appris quelque chose au fil de ce cheminement, c’est que l’ignorance est un terreau fertile pour les peurs. Mais cette terre peut être retournée. Arrosée de curiosité, d’attention, de récits. Elle peut devenir le lieu d’une rencontre avec soi-même et avec les autres.
Prendre conscience de ses biais est un premier pas. Cela demande de l’honnêteté, mais aussi de la douceur. Car nous sommes toustes traversé·e·s par des peurs, souvent légitimes, parfois trompeuses. Refuser de les nommer, c’est leur donner plus de pouvoir.
Alors j’essaie d’ouvrir un peu plus chaque jour : un livre, une discussion, une porte intérieure. Je m’efforce de ne pas fuir l’inconnu, mais de l’apprivoiser.
Et vous, quelle serait votre première action pour aller vers ce·tte inconnu·e qui vous fait peur ?
« L’ennemi, c’est l’ignorance. La connaissance est notre meilleure alliée ». – Michel Serres
Conclusion – Une Peur Que Je Choisis D’Apprivoiser
Ce que je retiens de cette introspection, c’est que la peur ne disparaît pas d’un claquement de doigts. Mais elle peut s’apprivoiser, se transformer. Et dans cet inconfort, je découvre un espace de croissance.
Je ne suis pas à l’abri des automatismes. Personne ne l’est. Mais j’ai le choix de ce que j’en fais. J’ai le pouvoir d’interroger mes regards, de nuancer mes réactions, de m’ouvrir à la complexité du monde.
Je vous invite à faire de même. À partager vos ressentis, vos histoires, vos propres confrontations avec l’inconnu. Car c’est ensemble que l’on apprend à vivre moins dans la peur, et davantage dans la rencontre.







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