Ma Réflexion Sur Une France À Deux Vitesses Médicales Et Ce Que Cela Dit De Nous
Pourquoi Ce Sujet Me Touche Profondément
Il a fallu à une amie proche près de trois mois pour obtenir un rendez-vous avec un spécialiste pour sa fille, dans une ville pourtant plutôt bien dotée en services publics. Trois mois d’angoisse, de rappels incessants, de listes d’attente absurdes. Pendant ce temps-là, une grand-mère dans le Cantal, isolée dans son village, doit se contenter d’un médecin itinérant qui passe une fois par semaine. Si elle rate ce passage, elle doit attendre. Ou se taire.
Cette expérience m’a profondément remuée. Elle m’a fait comprendre que l’accès aux soins, que je pensais universel, était en réalité devenu un privilège géographique. Une injustice d’autant plus inacceptable qu’elle touche les personnes les plus vulnérables : les personnes âgées, les jeunes parents, les habitant·e·s des campagnes ou des quartiers oubliés.
Un article intitulé « L’accès aux soins en France : une géographie inégalitaire » m’a offert un cadre de réflexion solide, en explorant une approche intégrée mêlant régulation des installations et réforme territoriale de la formation médicale. À travers ces lignes, je souhaite partager un regard sensible, engagé, et proposer une vision concrète pour une santé réellement équitable.
Quand La Santé Devient Un Privilège Géographique
Selon les chiffres de la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), en 2023, plus de 6 millions de personnes vivaient dans une zone sous-dotée en médecins généralistes. Dans certains départements, comme la Creuse ou le Cantal, il faut parcourir plus de 30 kilomètres pour consulter un spécialiste. Le délai moyen pour un rendez-vous avec un ophtalmologue dépasse les 180 jours dans certaines régions.
Ces chiffres font froid dans le dos. Ils traduisent une fracture sanitaire insidieuse. D’un côté, les centres urbains concentrent les cabinets, les cliniques privées, les plateformes de soins rapides. De l’autre, les zones rurales et périurbaines deviennent des déserts médicaux, où l’on apprend à vivre sans soins.
Je ressens cela comme une forme d’abandon. Une relégation silencieuse. Je pense à cette amie enseignante, mutée dans un village de l’Aude, contrainte de faire deux heures de route pour un gynécologue. Je pense aussi à ma colère, car dans une société qui se dit solidaire, la santé ne devrait pas dépendre d’un code postal. Et pourtant, elle le fait.
Le Droit De S’Installer Libre… Mais Pour Qui Et À Quel Prix ?
Le principe de liberté d’installation est souvent brandi comme un droit sacré pour les médecins. Je le comprends. Choisir son lieu de vie, d’exercice, c’est un choix de vie fondamental. Mais je m’interroge : cette liberté individuelle peut-elle primer sur le droit collectif à la santé ?
Il existe une dissonance douloureuse entre les aspirations légitimes des soignant·e·s et l’urgence d’un aménagement équitable du territoire. Dans ma propre vie, je ressens parfois cette tension : entre vouloir me réaliser professionnellement là où je me sens bien, et le sentiment de responsabilité envers une communauté plus large.
Faut-il alors encadrer les installations ? Je crois que la réponse n’est pas binaire. Il ne s’agit pas de punir ni de contraindre, mais de repenser un équilibre. Un pacte entre liberté professionnelle et solidarité territoriale.
Et Si On Pensait Ensemble, Médecins Et Territoires ?
Ce que j’ai trouvé éclairant dans l’approche présentée par Basta !, c’est cette idée d’articulation : ne pas opposer, mais conjuguer. Encadrer progressivement les installations, oui, mais aussi réformer en profondeur la formation. Cela signifie proposer des stages en zones sous-dotées, créer des antennes de CHU dans des territoires délaissés, comme en Corse, accompagner les jeunes médecins vers des projets d’installation sur mesure.
Certaines régions ont déjà expérimenté ces dispositifs. En Bourgogne, par exemple, le stage en zone rurale est devenu obligatoire pour les internes en médecine générale. Et les résultats sont là : une partie d’entre eux choisit d’y rester.
Cette idée me parle profondément. Elle respecte les professionnel·les tout en pensant au long terme. Elle considère les territoires non comme des variables d’ajustement, mais comme des partenaires de soin. Pour qu’une politique fonctionne, elle doit être juste, humaine, et applicable. Elle doit s’ancrer dans le réel, dans le quotidien de celles et ceux qui vivent et soignent ici.
Ce Que Ma Propre Histoire M’Apprend Sur Le Lien Au Territoire
En Corse, il y avait un médecin de famille que tout le monde appelait « u duttore ». Il connaissait chaque patient·e par son prénom, connaissait leur histoire, leur peur, leur solitude. Il écoutait plus qu’il ne prescrivait. C’était un soin enraciné, au sens le plus noble du terme.
Ce souvenir me revient souvent. Il me rappelle que la santé, ce n’est pas seulement un acte technique, c’est un lien. Une proximité humaine, géographique, affective. C’est dans cette proximité que réside une partie de la qualité du soin.
Territorialiser la formation, c’est aussi cela : former des soignant·e·s qui connaissent les réalités du lieu, qui s’y sentent utile·s, qui créent des liens. On ne soigne pas seulement avec des compétences. On soigne avec des racines, avec un attachement.
Vers Une Nouvelle Manière De Penser La Santé Ensemble
Ce parcours m’a amenée à repenser les fondements de notre système de santé. Les inégalités d’accès, la tension entre liberté et équité, la nécessaire transformation des logiques de formation et d’installation. Tout cela pointe une question de fond : voulons-nous une santé accessible ou une santé compétitive ?
Il est temps de construire une politique de santé réellement territorialisée, qui ne laisse personne sur le bord de la route. Cela passe aussi par notre engagement collectif. S’informer, interpeller nos élu·e·s, signer des pétitions, soutenir les maisons de santé locales, encourager les vocations médicales auprès de nos jeunes.
Parce Que La Santé Ne Devrait Pas Être Une Loterie
Ce qui me révolte encore, c’est cette résignation croissante : « C’est comme ça », me dit-on souvent. Non, ce n’est pas une fatalité. Je refuse de considérer la santé comme un privilège aléatoire. Je veux croire en une société où chaque personne, où qu’elle vive, a droit au même niveau de soin, de dignité, d’écoute.
Je vous invite à partager vos témoignages, vos idées, vos colères aussi. Car c’est ensemble, par la parole et l’action, que nous pouvons réinventer un accès aux soins à la hauteur de notre idéal républicain.







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