
Réflexion Citoyenne Sur Un Équilibre À Préserver
En tant que femme attachée à la transmission, à la justice sociale et à l’éducation pour toustes, je ressens avec force les débats actuels autour de la place du corse dans notre école publique. Depuis plusieurs années, je suis avec attention les projets éducatifs locaux. Le projet dit « Scola 2030 », qui vise à faire de l’enseignement bilingue français-corse un pilier de notre système éducatif, soulève en moi à la fois de l’intérêt, de la fierté culturelle… et des interrogations citoyennes.
Loin de moi l’idée de rejeter l’ambition portée par ce projet. Préserver une langue, c’est préserver une vision du monde, une mémoire collective, un lien avec nos ancien·ne·s. Mais je m’interroge : comment concilier un tel projet collectif avec le respect du choix individuel des familles ? Peut-on valoriser une langue sans imposer un modèle unique d’enseignement ? Et surtout, comment construire cette transition de manière démocratique, apaisée, sans heurter les diversités d’expériences, de besoins ou d’identités présentes dans nos villages, nos quartiers, nos familles ?
Les dernières prises de parole publiques de parents d’élèves, relayées notamment dans une lettre adressée à la Première ministre, expriment une crainte légitime : celle de voir s’effacer, sans réelle consultation, la filière dite « standard » (francophone). Ce ressenti, qu’il soit partagé ou non, mérite d’être entendu sans condescendance. Le rectorat affirme que le processus est concerté, mais sur le terrain, des témoignages évoquent des transformations d’écoles en filières bilingues exclusives, parfois sans réunion préalable ni vote formel. Et lorsqu’une famille se voit refuser l’inscription en filière standard pour des raisons d’organisation interne, c’est toute la promesse républicaine du libre choix qui est mise à mal.
Mon approche dans cette réflexion est simple : je crois profondément à la cohabitation des projets pédagogiques dès lors qu’ils sont portés dans la clarté, le respect des libertés fondamentales et l’inclusion de tous les publics. Parce que ce débat dépasse les postures, il mérite d’être posé dans toute sa complexité : il ne s’agit pas d’être « pour ou contre » la langue corse, mais de penser un modèle éducatif qui reconnaisse à la fois notre identité et notre diversité.
J’imagine une mère, inquiète pour son fils porteur de troubles DYS, à qui le double apprentissage pose déjà des défis supplémentaires. Ou cette grand-mère qui m’explique avec émotion avoir perdu le Corse à l’école et vouloir que ses petits-enfants puissent le retrouver. Ces récits ne sont pas anecdotiques : ils montrent que chaque trajectoire familiale interagit différemment avec ce que l’on appelle « le choix éducatif ». L’école doit pouvoir accueillir ces pluralités, non les uniformiser.
Trois éléments me paraissent essentiels pour rééquilibrer le débat. D’abord, réaffirmer que la liberté de choisir entre plusieurs filières doit rester un droit, et non une variable d’ajustement organisationnelle. Ensuite, instaurer une concertation plus transparente entre familles, collectivités locales et rectorat, fondée sur des données fiables et partagées. Enfin, considérer l’école comme un espace de médiation entre les cultures, pas un lieu de cristallisation idéologique. L’option d’un bilinguisme progressif, adapté et choisi, accompagnée de dispositifs pédagogiques personnalisés, me semble être une voie de sagesse.
Des recherches comme celles de Claude Hagège (Halte à la mort des langues, éd. Odile Jacob, 2000) ou les rapports du Conseil supérieur des langues vivantes montrent que la revitalisation linguistique fonctionne mieux lorsqu’elle est portée par l’adhésion volontaire des familles et la souplesse des programmes. L’exemple du Pays basque sud, où le trilinguisme est proposé de façon graduée, nous montre que pédagogie et politique peuvent s’unir avec finesse, si l’écoute mutuelle prévaut.
Ce débat m’a permis d’élargir mes repères. J’ai compris que défendre une langue ne signifiait pas forcément imposer un parcours. J’ai aussi réalisé que, parfois, ce n’est pas la langue qui divise, mais la manière dont elle est institutionnalisée. Je reste convaincue qu’une école publique peut à la fois transmettre la richesse du corse et respecter les attentes de chaque élève, quelle que soit sa langue d’origine, son histoire familiale, son rapport à l’identité insulaire.
À l’heure où les tensions semblent s’accroître, je veux croire à un modèle éducatif qui n’exclut pas. Loin des slogans, des affrontements partisans, des logiques descendantes, il nous faut retrouver un espace de parole partagée autour de l’école. Une école corse où l’on puisse dire : « je choisis pour mon enfant » sans être suspecté·e de renier sa culture. Une école où chacun·e apprend l’autre sans perdre sa voix.
Je vous invite à partager vos réflexions ou vos expériences sur ce sujet. Comment vivez-vous ces évolutions dans votre commune, dans votre école, dans votre quotidien ? Vos paroles, comme les miennes, participent de ce dialogue que nous devons réapprendre à entretenir, pour que l’éducation reste notre bien commun.







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