Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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L’École Corse Entre Transmission Et Liberté

Réflexion Citoyenne Sur Un Équilibre À Préserver

En tant que femme attachée à la transmission, à la justice sociale et à l’éducation pour toustes, je ressens avec force les débats actuels autour de la place du corse dans notre école publique. Depuis plusieurs années, je suis avec attention les projets éducatifs locaux. Le projet dit « Scola 2030 », qui vise à faire de l’enseignement bilingue français-corse un pilier de notre système éducatif, soulève en moi à la fois de l’intérêt, de la fierté culturelle… et des interrogations citoyennes.

Loin de moi l’idée de rejeter l’ambition portée par ce projet. Préserver une langue, c’est préserver une vision du monde, une mémoire collective, un lien avec nos ancien·ne·s. Mais je m’interroge : comment concilier un tel projet collectif avec le respect du choix individuel des familles ? Peut-on valoriser une langue sans imposer un modèle unique d’enseignement ? Et surtout, comment construire cette transition de manière démocratique, apaisée, sans heurter les diversités d’expériences, de besoins ou d’identités présentes dans nos villages, nos quartiers, nos familles ?

Les dernières prises de parole publiques de parents d’élèves, relayées notamment dans une lettre adressée à la Première ministre, expriment une crainte légitime : celle de voir s’effacer, sans réelle consultation, la filière dite « standard » (francophone). Ce ressenti, qu’il soit partagé ou non, mérite d’être entendu sans condescendance. Le rectorat affirme que le processus est concerté, mais sur le terrain, des témoignages évoquent des transformations d’écoles en filières bilingues exclusives, parfois sans réunion préalable ni vote formel. Et lorsqu’une famille se voit refuser l’inscription en filière standard pour des raisons d’organisation interne, c’est toute la promesse républicaine du libre choix qui est mise à mal.

Mon approche dans cette réflexion est simple : je crois profondément à la cohabitation des projets pédagogiques dès lors qu’ils sont portés dans la clarté, le respect des libertés fondamentales et l’inclusion de tous les publics. Parce que ce débat dépasse les postures, il mérite d’être posé dans toute sa complexité : il ne s’agit pas d’être « pour ou contre » la langue corse, mais de penser un modèle éducatif qui reconnaisse à la fois notre identité et notre diversité.

J’imagine une mère, inquiète pour son fils porteur de troubles DYS, à qui le double apprentissage pose déjà des défis supplémentaires. Ou cette grand-mère qui m’explique avec émotion avoir perdu le Corse à l’école et vouloir que ses petits-enfants puissent le retrouver. Ces récits ne sont pas anecdotiques : ils montrent que chaque trajectoire familiale interagit différemment avec ce que l’on appelle « le choix éducatif ». L’école doit pouvoir accueillir ces pluralités, non les uniformiser.

Trois éléments me paraissent essentiels pour rééquilibrer le débat. D’abord, réaffirmer que la liberté de choisir entre plusieurs filières doit rester un droit, et non une variable d’ajustement organisationnelle. Ensuite, instaurer une concertation plus transparente entre familles, collectivités locales et rectorat, fondée sur des données fiables et partagées. Enfin, considérer l’école comme un espace de médiation entre les cultures, pas un lieu de cristallisation idéologique. L’option d’un bilinguisme progressif, adapté et choisi, accompagnée de dispositifs pédagogiques personnalisés, me semble être une voie de sagesse.

Des recherches comme celles de Claude Hagège (Halte à la mort des langues, éd. Odile Jacob, 2000) ou les rapports du Conseil supérieur des langues vivantes montrent que la revitalisation linguistique fonctionne mieux lorsqu’elle est portée par l’adhésion volontaire des familles et la souplesse des programmes. L’exemple du Pays basque sud, où le trilinguisme est proposé de façon graduée, nous montre que pédagogie et politique peuvent s’unir avec finesse, si l’écoute mutuelle prévaut.

Ce débat m’a permis d’élargir mes repères. J’ai compris que défendre une langue ne signifiait pas forcément imposer un parcours. J’ai aussi réalisé que, parfois, ce n’est pas la langue qui divise, mais la manière dont elle est institutionnalisée. Je reste convaincue qu’une école publique peut à la fois transmettre la richesse du corse et respecter les attentes de chaque élève, quelle que soit sa langue d’origine, son histoire familiale, son rapport à l’identité insulaire.

À l’heure où les tensions semblent s’accroître, je veux croire à un modèle éducatif qui n’exclut pas. Loin des slogans, des affrontements partisans, des logiques descendantes, il nous faut retrouver un espace de parole partagée autour de l’école. Une école corse où l’on puisse dire : « je choisis pour mon enfant » sans être suspecté·e de renier sa culture. Une école où chacun·e apprend l’autre sans perdre sa voix.

Je vous invite à partager vos réflexions ou vos expériences sur ce sujet. Comment vivez-vous ces évolutions dans votre commune, dans votre école, dans votre quotidien ? Vos paroles, comme les miennes, participent de ce dialogue que nous devons réapprendre à entretenir, pour que l’éducation reste notre bien commun.


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2 réponses à « L’École Corse Entre Transmission Et Liberté »

  1. Avatar de Pedru-Felice Cuneo-Orlanducci
    Pedru-Felice Cuneo-Orlanducci

    À titre personnel, les quelques divergences de point de vue que nous pouvons avoir sur la question, sans doute plus sur la forme que sur le fond ne m’empêchent pas de voir que cet article est bien écrit, pondéré, et équilibré.

    Il est clair que nous sommes globalement du même avis sur le plus important : la nécessité absolue de préserver la langue. N’ayant pas d’enfants à ce jour, je manque peut-être de légitimité pour m’exprimer sur l’apprentissage bilingue ou l’hypothèse de sa généralisation, mais il est clair que si descendance je devais engendrer, celle-ci passerait nécessairement par un établissement bilingue. Cela étant précisé, je confirme être partisan d’une généralisation de l’enseignement bilingue à moyen ou long terme. Cela me semble la meilleure des idées pour sauver la langue et, pour ma part, je ne serais pas plus choqué que l’enseignement du corse devînt obligatoire dans les établissements scolaires corses selon des modalités restant à définir pour ne laisser personne en déshérence et sur le carreau que je ne suis de constater que pratiquement toutes les autres matières enseignées n’ont pas de caractère facultatif. Pourquoi le corse devrait-il être facultatif quand la quasi totalité du reste de l’enseignement scolaire ne l’est pas ?

    Bien sûr, en lecteur de Claude Hagège, je souscris totalement à son analyse sur la nécessité de l’adhésion de la société civile pour permettre la survie d’une langue, et à ce titre, je suis bien conscient que toute mesure à caractère contraignant aurait l’effet inverse. Voilà pourquoi, malgré toute l’urgence de sauver une langue en danger de mort, je serais plutôt enclin à prôner la pédagogie et l’émulation plutôt que la contrainte brute. Il y a sûrement quelque chose à faire pour permettre à ce que tout le monde puisse accéder à la volonté d’apprendre le corse en Corse. Il y a sûrement quelque chose à faire pour que cet enseignement soit adapté à l’ensemble des forces et des faiblesses intrinsèques à chaque élève. L’honnêteté m’oblige à confesser que je ne connais que très mal l’exemple basque, mais s’il fonctionne, alors, il serait intéressant de songer à l’appliquer aussi à la Corse.

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  2. Avatar de Letizia Doria
    Letizia Doria

    Bonjour, j’ai pris du temps à vous répondre parce que mon site est en construction et que je ne maitrise pas tout…

    Merci pour votre réflexion si bien articulée et pleine de nuances ! Vous soulevez des points essentiels sur la préservation de la langue corse, et je partage pleinement votre conviction sur l’importance de cet enjeu. Il est vrai que la langue est bien plus qu’un simple outil de communication : elle est le cœur même de l’identité culturelle et un héritage précieux à transmettre.

    Votre approche équilibrée entre pédagogie et émulation plutôt que contrainte brute me semble très sage. En effet, imposer une langue de manière autoritaire risquerait de provoquer des résistances, tandis qu’une démarche basée sur l’envie, la curiosité et l’adaptation aux besoins des élèves aurait sans doute plus de chances de succès. Vous avez tout à fait raison de souligner l’importance d’offrir des solutions inclusives, où personne ne serait laissé sur le côté.

    Quant à l’idée d’étendre l’enseignement bilingue, elle paraît prometteuse pour créer un environnement où la langue corse pourrait s’épanouir naturellement. L’exemple du Pays basque, que vous mentionnez, est effectivement intéressant et mérite d’être étudié pour voir s’il peut inspirer des initiatives similaires en Corse. Si cela fonctionne là-bas, il y a peut-être des pistes à explorer pour adapter ce modèle aux spécificités corses.

    Enfin, votre remarque sur le caractère facultatif du corse dans les établissements scolaires est très pertinente. Pourquoi cette langue, qui est un pilier de l’identité locale, devrait-elle être moins valorisée que les autres matières obligatoires ? Cela mérite réflexion, et votre point de vue ouvre une discussion constructive sur ce sujet.

    Encore merci pour votre contribution si riche et réfléchie. Vous apportez une belle énergie à cette conversation, et c’est un plaisir d’échanger avec vous sur un sujet aussi important. 😊

    Letizia Doria

    Aimé par 1 personne