Protéger Sans Assignation : Vers Une Éducation Transformative
Je ne suis pas mère moi-même, mais je me glisse ici dans la peau de l’une d’entre elles, parce que je crois que toute personne engagée pour une éducation juste peut – et doit – réfléchir à la manière dont nous accompagnons les enfants dans leur développement. En lisant, en écoutant, en observant, je ressens cette tension intime entre le désir de protéger et la crainte, tout aussi forte, de renforcer, malgré nous, des normes genrées injustes. Ce dilemme, très réel, révèle une question fondamentale : comment concilier concrètement sécurité et émancipation ?
Mon approche, forgée à travers l’écoute, les échanges et l’engagement éducatif, cherche à dépasser les réactions instinctives pour proposer une vision cohérente : conjuguer protection individuelle et transformation collective. Il ne s’agit pas seulement de répondre à un inconfort, mais de penser en profondeur une réponse éducative qui fasse sens dans le temps long.
L’article récemment consulté présentait des points de vue parentaux sur le port du short sous la jupe des petites filles. Ce choix, souvent motivé par des raisons pratiques – liberté de mouvement, protection physique, ou encore pour éviter des gestes déplacés – semble au premier abord empreint de bon sens. Les témoignages soulignent une volonté sincère de préserver les enfants. Mais ils révèlent aussi les effets collatéraux de cette pratique : intériorisation de la pudeur, culpabilisation implicite des filles, déplacement de la responsabilité. En somme, une réponse défensive à un problème structurel.
Ces éléments ont résonné avec ce que je défends sur mon blog : les solutions purement vestimentaires, si elles sont choisies avec conscience, ne sont pas en soi problématiques. Ce qui l’est, c’est lorsqu’elles deviennent la norme, sans que soient interrogées les causes profondes – notamment le manque d’éducation au respect et à l’égalité. Refuser une réponse unilatérale, c’est affirmer l’urgence d’une transformation globale.
L’approche que je défends ici – protéger sans assigner, éduquer pour transformer – propose de conjuguer les besoins immédiats des enfants avec une action éducative profonde. Elle se fonde sur cinq axes : transmettre les notions de respect, instaurer une pédagogie du consentement dès le plus jeune âge, créer des espaces de parole, responsabiliser les adultes face aux comportements sexistes, et enfin, interroger collectivement les normes genrées qui influencent nos choix éducatifs, y compris vestimentaires.
Dans des ateliers que j’ai eu l’occasion de concevoir, des enfants de CE1 ont partagé ce qu’ils ressentent quand on leur dit : « Ne fais pas ça, tu es une fille ». Cette parole, qu’on pense anodine, laisse des marques. Elle borne la liberté, elle normalise une assignation. J’ai vu combien, avec des mots simples et des échanges sincères, on peut ouvrir des espaces libérateurs. L’apprentissage du respect n’a pas besoin d’attendre l’adolescence. Il commence à la crèche.
Je sais, pour l’avoir vécu sur le terrain, que cette approche demande du temps, des moyens, et un engagement profond des professionnel·le·s de l’éducation. Mais je sais aussi que c’est possible. Le succès de certaines écoles pilotes engagées dans des programmes comme EVARS ou les retours constructifs sur les ateliers « ABCD de l’égalité » montrent que nous pouvons avancer.
En somme, cette réflexion sur le short dépasse la question du vêtement. Elle interroge notre responsabilité éducative, notre capacité à créer un environnement à la fois sûr et libérateur. Elle appelle à dépasser la logique du repli pour construire une culture du respect et de l’égalité.
Je vous invite à poursuivre cette réflexion ensemble. Que vous soyez parent, enseignant·e, éducateur·rice ou simplement citoyen·ne concerné·e, vos témoignages et idées sont les bienvenus. Car c’est en partageant que nous progresserons.








Laisser un commentaire