Les petits billets de Letizia

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Nationalisme : Entre Émancipation et Tentation Autoritaire

Nationalisme : Entre Émancipation et Tentation Autoritaire

Repenser La Souveraineté Démocratique Face Aux Dérives Identitaires Et Aux Héritages Historiques

Dans les débats contemporains, il suffit d’évoquer le mot « nationalisme » pour voir surgir des regards méfiants, des comparaisons immédiates avec le fascisme et, parfois, des réactions de rejet. « La nation, c’est la guerre », affirmait François Mitterrand, marquant dans l’imaginaire collectif une ligne de fracture entre l’idée de peuple souverain·e et la tentation autoritaire. Pourtant, ce raccourci ne dit pas tout.

Le nationalisme n’est pas monolithique. Il a porté des luttes d’émancipation aussi bien que des idéologies d’oppression. « Le nationalisme algérien n’a rien à voir avec le nationalisme völkisch allemand », écrivait l’historien Patrick Weil dans une tribune du Monde. Cette tension fondamentale traverse notre époque : entre désir d’enracinement, besoin de souveraineté et rejet de l’autre, quelle voie reste-t-il pour un nationalisme démocratique et inclusif ?

En France, cette question se joue aussi dans ses propres marges : la Corse, la Kanaky-Nouvelle-Calédonie, les territoires ultramarins, la Bretagne ou le Pays Basque. Ces nationalismes-là sont d’abord des récits d’identité et de résistance, façonnés par l’histoire coloniale ou l’effacement culturel. En Kanaky, le refus du troisième référendum de 2021 par les indépendantistes a montré la limite d’un processus démocratique perçu comme imposé. « Ce n’est pas un vote, c’est un passage en force », dénonçaient les voix kanakes.

En Corse, la revendication nationaliste ne cesse de résonner depuis les années 1970, oscillant entre autonomisme et indépendance. Le succès électoral des forces nationalistes ces dernières années témoigne d’un désir de reconnaissance et de contrôle local plus que d’un rejet de la République. « Nous ne voulons pas quitter la France, nous voulons la faire autrement, depuis ici », affirmait une élue corse dans Le Monde en mars 2022. Loin de tout projet autoritaire, ces mouvements demandent un cadre institutionnel permettant l’autodétermination et la justice sociale.

Aujourd’hui, nous assistons néanmoins à une réhabilitation insidieuse de certains discours et symboles issus de traditions autoritaires. En Italie, la montée de figures politiques comme le général Vannacci, qui a évoqué en juin 2024 le souvenir des unités fascistes X MAS avec bienveillance, illustre cette mémoire trouble du nationalisme militarisé ([Source]). En France, le succès électoral du Rassemblement national démontre une banalisation des idées d’extrême droite, même si leur rhétorique se pare désormais des habits du républicanisme.

Assimiler tout nationalisme à une forme larvée de fascisme serait un contresens. Des mouvements comme ceux de la Catalogne ou de l’Écosse revendiquent une souveraineté démocratique, féministe, écologique. « Nous voulons décider ici, pas exclure qui que ce soit », proclament les slogans indépendantistes. Il s’agit ici de nations politiques, construites sur l’idée de citoyenneté partagée, et non de lignées ethniques ou culturelles figées.

La difficulté, c’est que les frontières entre nationalisme civique et nationalisme identitaire sont de plus en plus poreuses. Les expert·e·s comme Michael Mann ou Pierre-André Taguieff insistent sur la nécessité de nommer les choses : « Le fascisme est un régime militarisé, autoritaire, expansionniste. Il ne se résume pas à une préférence nationale » ([Source]). Ce sont les actes, pas seulement les mots, qui permettent de poser un diagnostic lucide.

Il faut donc cultiver une vigilance éthique. Le nationalisme ne devient fascisme que lorsqu’il bascule dans l’exclusion, la répression, la violence, et la construction d’un ennemi intérieur. L’histoire nous enseigne que cela ne se produit jamais d’un seul coup, mais toujours par glissements successifs, par indifférence d’abord, par consentement implicite ensuite.

Ce qui est en jeu, c’est la possibilité d’un attachement à la nation sans sombrer dans la haine de l’autre. Un ancrage qui ne soit ni reniement de soi, ni fermeture au monde. Une souveraineté qui permette l’accueil, la diversité, le soin du vivant. Pour cela, il est impératif de déconstruire les héritages toxiques, de revaloriser une culture démocratique de la nation, et de renforcer les contre-pouvoirs.

Ce n’est qu’à cette condition que le mot « nationalisme » pourra, peut-être, retrouver une dignité perdue. Une dignité qui ne soit ni nostalgique ni autoritaire, mais profondément humaine, inclusive, ouverte sur l’avenir.


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