Penser la laïcité face aux stratégies d’influence, sans tomber dans l’amalgame
Quand l’État convoque un Conseil de défense autour de la question de l’« entrisme » des Frères musulmans, peut-on encore débattre sereinement de ce que signifie vivre ensemble dans une République laïque ? À l’heure où la vigilance démocratique se doit d’être lucide sans devenir suspicieuse, l’interrogation mérite d’être posée : « Où commence la menace réelle et où s’arrête l’obsession sécuritaire ? »
Depuis mai 2025, un rapport confidentiel remis à l’Élysée alerte sur des formes d’influence idéologique portées par des réseaux fréristes au sein de structures éducatives, culturelles ou associatives. Le président Macron, dans une position nuancée, appelle à une réponse « ferme mais non paranoïaque », convoquant un nouveau Conseil de défense en juillet pour clarifier la stratégie de l’État. Une posture jugée trop prudente par une partie de l’exécutif, notamment Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, qui plaide pour des mesures immédiates. Faut-il renforcer les contrôles, interdire certains financements, redéfinir le cadre juridique ? Ou risquons-nous de stigmatiser une frange entière de la population pour les intentions supposées de quelques groupes ?
Ce débat soulève une tension essentielle : « Comment préserver la laïcité tout en respectant la pluralité des expressions culturelles et religieuses ? » La loi sur le séparatisme de 2021 avait déjà tenté de poser des garde-fous, mais le nouveau rapport semble pointer une mutation plus subtile, une stratégie d’« infiltration douce » difficilement quantifiable, mais politiquement redoutée. Pourtant, plusieurs expert·e·s du CNRS ou de l’Institut Montaigne soulignent que le frérisme français serait aujourd’hui en recul, fragmenté, voire marginalisé. Dans une tribune relayée par Strategy International, les auteur·e·s évoquent même une dérive interprétative, mettant en garde contre la généralisation et le soupçon généralisé.
Ce que révèle cette controverse, c’est peut-être moins la vigueur d’un péril intérieur que notre difficulté à penser le religieux dans un cadre laïque, apaisé et pluraliste. La laïcité, dans sa version française, n’est pas l’exclusion du spirituel de l’espace public, mais bien la garantie que nul·le ne puisse imposer sa vision du monde à l’autre. Or, face à des stratégies idéologiques – réelles ou perçues – l’outil républicain doit se montrer à la fois ferme et clair. « Peut-on défendre la République sans affaiblir ses propres principes ? » La question reste ouverte.
Les risques sont connus : instrumentalisation politique, perte de repères, renforcement des discours d’exclusion. Les opportunités le sont aussi : réaffirmation d’une laïcité inclusive, transparence sur les financements des cultes, renouveau du dialogue avec les représentants religieux de bonne foi. L’heure n’est pas à l’hostilité de principe, mais à une vigilance intelligente. Refuser l’amalgame, c’est refuser la peur comme moteur de l’action publique.
Ma conviction est que l’on ne combat pas l’influence par la répression aveugle, mais par la clarté des règles, la force du droit et l’exemplarité démocratique. « Défendre la laïcité, ce n’est pas nier la diversité, c’est lui donner un cadre d’expression loyal et équitable ».
Références principales :








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