Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Incels : Le Reflet Des Solitudes

Incels : Le Reflet Des Solitudes

La Séduction Comme Spectacle, L’Invisibilité Comme Douleur

Il paraît que séduire est une manière d’exister. Ou plutôt : « prouver qu’on est un homme, un vrai », ce serait d’abord plaire. Et quand plaire se refuse, quand les regards ne se posent pas, quand la main tendue reste suspendue dans le vide, certain·e·s s’effondrent à l’intérieur, silencieusement. D’autres, plus rares mais plus sonores, laissent éclater leur ressentiment dans les coins sombres du Web.

Je ne parle pas d’un fantasme romanesque, encore moins d’une maladresse adolescente. Je parle d’un malaise social transformé en colère idéologique. « Incel », contraction de involuntary celibate, désigne celleux qui se pensent condamné·e·s à l’échec amoureux, et parfois à l’échec tout court. Leur communauté, numérique par essence, s’agrège autour de forums comme 4chan, incels.is, ou certains sous-reddits désormais fermés. Et ce qui y circule, ce n’est pas juste la plainte : ce sont les manifestes.

« Les femmes sont programmées pour mépriser les hommes moyens », écrivent-ils. C’est signé d’un lexique particulier, au croisement du jargon biologique et du pamphlet misogyne. Les « Chads » raflent les cœurs ; les autres regardent, amers, depuis les coulisses. Le « blackpill », pilule noire idéologique, prétend que tout est déjà joué, que l’apparence fait loi, que l’amour est une loterie truquée. Et dans cette fiction tragique, la haine devient une manière de survivre.

Mais la haine ne survit pas sans conséquences. De la Californie au Canada, en passant par le Royaume-Uni et désormais la France, des hommes se sont emparé·e·s de cette parole pour la transformer en actes violents. Elliot Rodger, Alek Minassian, le tueur de Plymouth : chacun d’eux avait laissé des traces, numériques ou écrites, souvent sous-estimées, parfois ignorées. En France, le 2 juillet 2025, un adolescent de Meythet a été interpellé alors qu’il planifiait une attaque motivée par sa haine envers les femmes, comme le rapporte ([Source]).

Face à cela, les expert·e·s oscillent. D’un côté, certain·e·s psychiatres soulignent la solitude, la dépression, la vulnérabilité affective. Une étude de PubMed Central ([Source]) établit des liens clairs entre l’état mental des incels et leur idéologisation progressive. D’autres, comme les chercheuses et chercheurs du programme européen RAN ([Source]), analysent ces mouvements comme des incubateurs de radicalité, comparables aux groupes extrémistes.

Alors, que faire quand la blessure devient manifeste ? Quand le refus d’être regardé·e se transforme en regard hostile ? Faut-il écouter, punir, prévenir, comprendre ? Peut-être tout à la fois.

Je crois, humblement, que l’éducation émotionnelle est la clef oubliée. Pas celle des grands principes abstraits, mais celle qui apprend aux jeunes garçons à nommer leur tristesse, à reconnaître leur peur du rejet, à comprendre que la séduction n’est pas un droit mais un lien. « Il ne suffit pas de désirer pour mériter », devrait-on leur dire sans sarcasme.

Et il serait temps que les politiques publiques cessent d’osciller entre négligence et panique. Offrons des espaces de parole où la virilité ne soit pas performance, mais présence. Observons les signaux faibles, agissons avant le basculement.

L’ironie cruelle, c’est que ces hommes qui se pensent invisibles deviennent visibles uniquement lorsqu’ils deviennent dangereux. Ne pourrait-on pas, un jour, inverser ce schéma et voir plutôt leur humanité, avant qu’elle ne se dissolve ?


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