Quand La Mafia Corse Redessine Le Visage D’Une Société Toute Entière
Ce que révèle la dernière note confidentielle du SIRASCO, datée de février 2025, va bien au-delà d’un simple état des lieux sécuritaire. En évoquant « vingt équipes qui dominent le paysage criminel corse », les services de renseignement lèvent le voile sur une réalité à la fois connue, tue et redoutée. Ce document, évoqué dans Le Monde par le journaliste Jacques Follorou ([Source]), confirme une recomposition profonde du crime organisé insulaire et une structuration qui n’a plus rien de marginal.
Ce n’est pas une surprise. C’est une confirmation. La violence n’est pas une dérive mais un outil. Elle s’invite dans les ports, dans les appels d’offres, dans les couloirs des mairies, et jusque dans les conseils de certaines entreprises. Elle ne se contente pas d’éteindre des vies : elle contrôle, elle verrouille, elle oriente. Quand le pouvoir se joue dans l’ombre, ce sont les citoyen·ne·s qui vivent dans la pénombre.
La Corse, territoire de beauté, de mémoire et de fierté, vit une tension qui la fracture. Ce qui pouvait autrefois relever du banditisme traditionnel a glissé vers ce que le SIRASCO n’hésite plus à nommer « emprise de type mafieux ». Il ne s’agit plus seulement d’économie parallèle mais d’un modèle d’infiltration totale, horizontal dans son organisation, vertical dans ses ambitions. Les deux grands blocs identifiés – au Sud, autour du clan du Petit Bar, et au Nord/Est, plus fragmenté mais redoutablement stratégique – illustrent cette dynamique de pouvoir sans visage.
À côté de cette structuration visible, des signaux faibles émergent. La société civile commence à refuser l’emprise du silence. Le collectif Maffia No, a vita iè, porté entre autres par Léo Battesti, ou encore l’association Massimu Susini, incarnent ce courage. Des mots comme « mafia » ou « omertà », si longtemps tus, s’échappent enfin des conversations privées pour rejoindre le débat public. Cette prise de parole, encore fragile, est déjà un acte de résistance.
Certain·e·s chercheur·e·s et acteurs et actrices politiques, comme Fabrice Rizzoli (Sciences Po, Crim’HALT), alertent depuis longtemps sur la nécessité de rompre avec la tradition française du déni. Refuser de voir la mafia là où elle agit, c’est lui laisser le champ libre. Pourtant, d’autres persistent à minimiser, invoquant l’absence de structure pyramidale pour nier l’usage du mot. Mais « ce n’est pas l’organisation qui fait la mafia, c’est son pouvoir sur la société », rappelle Rizzoli ([Source]).
Il est temps de choisir une orientation claire. Le courage politique ne consiste pas seulement à dénoncer mais à agir. Il suppose de reconnaître juridiquement la spécificité mafieuse, de confisquer systématiquement les avoirs issus du crime, et de protéger celles et ceux qui osent parler. La mise en place prochaine du PNACO, prévue en 2026, pourrait être un tournant si elle s’accompagne de moyens humains et symboliques à la hauteur.
Dans ce combat, nul besoin de héros. Juste de citoyen·ne·s debout, de journalistes intègres, de juges indépendants, d’institutions alignées. Et de voix qui refusent d’être réduites au silence. « C’est à nous de nommer le réel pour qu’il cesse de nous détruire ».








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