Les petits billets de Letizia

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L’Éducation Est-Elle Vraiment Un Luxe National ?

L’Éducation Est-Elle Vraiment Un Luxe National ?

Repenser Nos Priorités Budgétaires Pour Une Société Plus Juste

Il y a quelque chose de profondément troublant à constater que l’on continue à répéter, souvent sans nuance, que l’Éducation nationale serait « un gouffre financier ». Cette affirmation, largement relayée dans le débat public, repose pourtant sur des données qui mériteraient d’être plus rigoureusement analysées. Une note récente de l’Institut des Politiques Publiques (IPP), rendue publique fin juin 2025, propose une relecture décapante de ce que l’on croyait acquis : le budget de l’éducation serait en réalité nettement inférieur à celui affiché officiellement. Une mécanique budgétaire, peu visible et peu débattue, fausse depuis des années notre perception du coût réel de l’école, du collège et du lycée.

Selon l’IPP, les « 81,3 milliards d’euros » alloués à l’Éducation nationale en 2023 comprennent de nombreuses dépenses qui ne sont pas directement liées à l’acte d’enseigner. Une part importante de ce montant correspond à des charges de retraite et de fonctionnement mutualisées, ce qui gonfle artificiellement la ligne budgétaire. Une fois ces éléments extraits, le coût net de l’éducation serait de « 70,7 milliards d’euros », soit « 13 % de moins que le chiffre initial » ([Source]).

Cette rectification n’est pas anodine. Elle intervient alors que la dette publique française poursuit son envolée et que les arbitrages budgétaires se font de plus en plus serrer. Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes, a récemment déclaré devant le Sénat que « le coût du service de la dette pourrait dépasser celui de l’Éducation nationale dès 2026 » ([Source]). Une bascule symbolique et politique, qui appelle une réaction forte. Comment justifier qu’un investissement de long terme comme l’éducation soit relégué derrière le remboursement d’intérêts, sans débat démocratique réel ?

La confusion entretenue autour du budget éducatif n’est pas qu’une affaire de chiffres. Elle est révélatrice d’un récit politique plus large, où les dépenses sociales sont souvent présentées comme excessives, alors qu’elles traduisent avant tout des choix de société. Cette opacité peut légitimer des coupes injustes ou des politiques de rigueur mal ciblées. Elle contribue aussi à la défiance citoyenne, en minant la confiance dans les institutions qui devraient garantir la clarté de l’action publique.

Certain·e·s diront que corriger la présentation du budget ne change rien à la réalité. Pourtant, le regard que l’on porte sur une dépense conditionne sa légitimité. Si l’on perçoit l’éducation comme « coûteuse » au lieu de la considérer comme « vitale », alors les choix politiques s’en trouvent mécaniquement orientés vers la contraction plutôt que vers l’investissement. En refusant cette vision, l’IPP contribue à poser les bases d’un débat plus juste, fondé sur une analyse rigoureuse, plutôt que sur des intuitions idéologiques.

Il y aurait tout intérêt à inscrire cette réflexion dans un cadre plus large : celui d’une réforme en profondeur de la présentation budgétaire de l’État. Une démarche partagée entre la Cour des comptes, le Parlement, les instituts indépendants et la société civile. Clarifier, décoder, expliquer : ce sont les conditions d’une démocratie budgétaire sincère. Et c’est peut-être là, dans cette volonté de rendre les chiffres compréhensibles, que réside la première marche vers une société plus équitable.


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