Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Réapprendre À Penser La Paix

À L’heure De La Montée Des Conflits, Une Réflexion Nécessaire Sur Notre Rapport À La Guerre

On nous parle aujourd’hui de retour de la guerre, de course aux armements, de réarmement moral, technologique et économique. Ce discours, à peine voilé, tente de faire du conflit un horizon naturel, presque inévitable. Pourtant, face à cette montée en intensité des tensions, une question persiste, silencieuse mais urgente : « comment refuser la guerre sans être accusé·e de naïveté ? ».

L’actualité ne cesse de nous confronter à des récits de violence et de domination. En Ukraine, comme au Proche-Orient, les armes supplantent les mots, les drones remplacent les regards, et les discours belliqueux étouffent les voix du dialogue. Ces conflits ne sont pas seulement militaires ; ils sont aussi cognitifs, culturels, informationnels. Des guerres hybrides où l’ennemi n’est plus identifiable, où les frontières entre civil·e·s et combattant·e·s s’effacent, et où l’humanité même semble devenir une variable d’ajustement stratégique.

Dans ce contexte, la France adapte son arsenal et ses doctrines. On parle d’« économie de guerre », de réindustrialisation militaire, de souveraineté stratégique. La loi de programmation militaire 2024–2030 engage 413 milliards d’euros pour « préparer la haute intensité ». Les discours politiques appellent à la mobilisation nationale, à la résilience, à l’acceptation du risque. Pourtant, cette militarisation rampante s’effectue sans véritable débat démocratique. Où est la place des citoyen·ne·s dans cette nouvelle organisation du monde ? Où est la parole des pacifistes, des éducateurs et éducatrices, des soignant·e·s, des artistes, de toutes celles et ceux qui refusent de penser la force comme seul outil de souveraineté ?

« La guerre, c’est la faillite de l’imaginaire politique », écrivait Judith Butler. Et c’est bien cela qui frappe dans la lecture de cette situation : un manque cruel d’imagination. Face aux armes autonomes, aux cyberattaques, aux influences toxiques, pourquoi ne pas opposer d’autres forces ? La diplomatie féministe, la justice restaurative, la coopération éducative et environnementale sont autant de leviers délaissés. L’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) lui-même alerte sur les dérives possibles d’une militarisation sans cadre politique solide ([Source]).

En observant les conflits actuels, on comprend que la guerre est de moins en moins une réponse à une menace réelle, et de plus en plus un outil d’influence, de domination narrative, voire de diversion politique. C’est ce qu’analysent de nombreuses chercheur·e·s en sciences sociales, comme Cécile Marin ou Olivier Schmitt, qui rappellent combien le conflit peut être instrumentalisé pour produire du consensus intérieur ou évacuer les revendications sociales ([Source]).

À travers ces constats, une conviction s’ancre plus profondément : refuser la guerre n’est pas une posture passive. C’est un acte de résistance active, un engagement dans la recherche de solutions autres, de médiations inédites, de récits nouveaux. C’est aussi un refus de céder à la fatalité. Car « si l’on veut la paix, il ne suffit pas de préparer la guerre ; il faut préparer la paix », disait Simone Weil.

Ce n’est pas d’armes que notre monde manque, mais de récits alternatifs. De récits qui placent l’humain·e, le vivant, la justice et l’écoute au cœur de la souveraineté. De récits qui refusent la logique sacrificielle et remettent en question l’idée même de puissance fondée sur la destruction.

En finir avec la guerre commence par une révolution intime de nos imaginaires. Oser penser un avenir sans domination, sans dissuasion, sans menaces. Ce chemin est long, exigeant, mais vital. Il commence ici, dans les mots, les engagements, les regards.


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