Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Pourquoi Les Fruits Et Légumes Corses N’ont Plus Leur Place Dans Nos Assiettes

Pourquoi Les Fruits Et Légumes Corses N’ont Plus Leur Place Dans Nos Assiettes

Une Réflexion Sur L’effacement Progressif Des Maraîcher·e·s Corses Face À La Grande Distribution

Je me souviens encore du parfum des fruits et légumes corses dans les mains de ma grand-mère. Ce goût-là ne ressemblait à rien de ce qu’on trouve aujourd’hui sur les étals brillants des grandes surfaces. Ce souvenir me revient souvent, surtout quand je parcours les rayons aseptisés d’un supermarché, où les produits locaux sont relégués aux marges ou carrément absents. Et je ne peux m’empêcher de penser à tout ce que cela dit de notre société.

Ce que vivent les maraîchers et maraîchères corses aujourd’hui est le reflet d’un déséquilibre profond entre logique de rentabilité et respect des réalités locales. En privilégiant les fruits et légumes importés, souvent standardisés, la grande distribution relègue les productions insulaires à une place marginale, voire invisible. « Il n’y a pas de petite violence quand elle devient structurelle », écrivait justement Albert Memmi. Et ce que vivent les agricultrices et agriculteurs corses, c’est une forme de violence systémique : économique, culturelle, identitaire.

La Corse produit pourtant une diversité agricole remarquable. Des clémentines IGP, des kiwis gorgés de soleil, des tomates cultivées en pleine terre, sans parler des herbes aromatiques qui font partie du patrimoine culinaire insulaire. Et pourtant, plus de 90 % des produits alimentaires consommés sur l’île sont importés. Comment justifier ce paradoxe ? Par la loi du volume, par les marges, par le lobbying logistique. « Ce qui compte, ce n’est pas ce que l’on peut produire, mais ce que l’on peut vendre au moindre coût », semble nous dire ce modèle économique.

Cette réalité me dérange profondément. Elle me pousse à interroger nos choix de consommation, mais aussi le cadre politique et commercial dans lequel ils s’inscrivent. Derrière chaque étal vide de produits corses, il y a un·e producteur·rice qui renonce, un territoire qui s’uniformise, un savoir-faire qui s’éteint. Et en tant que femme attachée à la justice sociale, à l’autonomie alimentaire et à l’écologie, je ne peux rester indifférente.

Je crois à la nécessité d’un retour au lien. Un lien entre celleux qui cultivent et celleux qui consomment. Entre la terre et la table. Il ne s’agit pas de rejeter en bloc la grande distribution, mais de réclamer qu’elle remplisse sa fonction d’intérêt général : offrir à toutes et à tous un accès équitable à une alimentation saine, durable, enracinée. Cela implique des mesures concrètes : valorisation des circuits courts, incitations fiscales, dérogations logistiques, contrôle de l’urbanisation commerciale. Cela implique aussi un changement de regard, de posture, de priorité.

Il est primordial d’acheter ses légumes dans les marchés de producteurs, non par snobisme, mais parce que « chaque acte d’achat est un acte politique », comme le rappelle Pierre Rabhi. Je ne suis pas parfaite. Il m’arrive encore de céder à la facilité. Mais je veux croire que si nous sommes nombreuses à faire ce pas, alors les équilibres peuvent bouger.

Ce combat pour les produits corses dépasse les frontières de l’île. Il interroge notre rapport au vivant, à l’économie, à la dignité de celles et ceux qui nourrissent la société. Il nous oblige à repenser la consommation comme une responsabilité collective, pas seulement un réflexe de confort.

Que restera-t-il de nos terroirs si nous les laissons s’effacer ? Peut-on parler d’écologie sans défendre les paysan·ne·s qui travaillent sans relâche pour préserver la fertilité de leurs sols ? Peut-on défendre l’inclusivité sans permettre à chacun·e d’accéder à une alimentation locale et saine ?

Il ne s’agit pas seulement de sauver des légumes. Il s’agit de redonner une place juste à des femmes et des hommes qui incarnent une mémoire, une vitalité, une promesse.

Réapproprions-nous nos choix. Créons du lien. Défendons la diversité.

Références utilisées :

– Rapport DRAAF Corse 2022

– Rapport Autorité de la concurrence / Collectivité de Corse

– Wikipédia, économie corse


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