Réflexion Personnelle Sur La Transformation Des Rôles Masculins Dans Une Société En Quête D’égalité
Il y a des sujets que l’on croise souvent, mais que l’on ne prend pas toujours le temps de regarder en face. Pour moi, celui des masculinités a longtemps été l’un d’eux. Ce n’est que récemment, au fil de discussions intimes, d’observations sur les comportements masculins dans mon entourage, et surtout d’un besoin grandissant de cohérence entre mes convictions féministes et les réalités de terrain, que ce thème s’est imposé. La place des hommes dans la lutte pour l’égalité ne peut plus être une zone floue. Interroger les normes, les attitudes, les contradictions portées par les hommes dans nos sociétés deviennent une urgence collective.
Ce que je défends dans cette réflexion, c’est une approche tissée sur trois fils : « une lecture critique des structures qui perpétuent la domination masculine », « la construction d’alternatives positives à ces modèles » et « une ouverture sincère à la discussion avec celles et ceux qui ne se sentent pas encore concernés ». Cette posture, profondément ancrée dans ma manière d’aborder les engagements, me semble la seule viable à long terme. Elle permet de questionner sans exclure, de proposer sans imposer, et surtout de construire des ponts entre les différentes réalités sociales et culturelles.
Ce que j’ai lu récemment m’a rappelé à quel point cette pluralité est essentielle. L’article abordé met en lumière « la diversité des masculinités », insistant sur le fait qu’il n’existe pas une seule façon d’être un homme. Il souligne « la pression des normes sociales » qui enferment, mais aussi « l’importance d’une démarche réflexive et collective » pour les déconstruire. L’idée que même les hommes se revendiquant alliés peuvent reproduire des logiques de domination, souvent inconsciemment, m’a particulièrement interpellée. Cette contradiction est au cœur du sujet.
En tant que femme, j’ai vu des hommes autour de moi se dire engagés, écouter les discours féministes, tout en continuant à occuper l’espace, à diriger les échanges, à invisibiliser des vécus qui les dérangent. J’ai ressenti cette tension, parfois subtile, parfois brutale, entre la volonté de bien faire et les réflexes profondément ancrés. Cela m’a appris que « la déconstruction ne peut être une posture », elle doit s’incarner dans les gestes du quotidien, dans l’écoute réelle, dans le désapprentissage des automatismes.
Ce qui me parle dans l’approche intégrée, c’est qu’elle permet d’avancer sans dresser de murs. Elle tient compte des rapports de domination, mais elle évite l’écueil du rejet global. Elle valorise « des modèles masculins qui assument leur transformation », qui prennent leurs responsabilités sans revendiquer l’héroïsme. J’ai en tête un ami, père de famille, qui a quitté un poste prestigieux pour devenir éducateur auprès de jeunes garçons. Ce choix, il ne l’a pas brandi comme un drapeau, il l’a vécu comme un engagement silencieux, cohérent. Il incarne, à sa manière, « cette masculinité qui ne cherche plus à dominer mais à relier ».
Je ne veux pas non plus idéaliser cette démarche. Elle est exigeante, parfois décourageante. Beaucoup d’hommes que j’ai rencontrés hésitent à s’impliquer, de peur de mal faire, d’être jugés ou de ne pas être légitimes. Et certains s’en détournent, justement parce qu’ils se sentent culpabilisés. Pourtant, il est possible de proposer une voie intermédiaire : « affirmer l’exigence d’égalité tout en accueillant les fragilités ». Cela suppose des espaces sûrs, non mixtes ou mixtes, des outils pédagogiques adaptés, des récits multiples.
Mon propre parcours m’a montré que c’est souvent dans les zones de doute que naît la conscience. Un stage en milieu scolaire m’a marquée : des jeunes garçons, face à une séance sur les émotions, ont d’abord ri, puis, peu à peu, se sont ouverts. Leur parole s’est faite hésitante, puis forte. J’ai compris ce jour-là que « l’enjeu n’est pas de féminiser les garçons, mais de les libérer des rôles qui les enferment ». Et ce travail commence tôt, dans l’école, dans les familles, dans les médias.
En relisant mes notes, je ressens une conviction claire : ce chemin vers une masculinité ouverte n’est ni une injonction ni une mode. C’est un processus qui demande du courage, de la patience, de l’authenticité. Il ne s’agit pas de faire disparaître les hommes du débat, mais de les inviter à y entrer autrement, sans domination, sans esquive, avec vulnérabilité et responsabilité.
Ce que je souhaite transmettre ici, c’est cela : « le changement n’a pas besoin d’être spectaculaire pour être profond ». Chacun·e peut y contribuer, dans sa sphère, à sa manière. Et je suis convaincue que la parole, quand elle est libre et sincère, peut ouvrir des chemins insoupçonnés. J’aimerais que celles et ceux qui liront ces lignes se sentent autorisé·e·s à questionner, à douter, à s’essayer à autre chose. Et surtout, à en parler.







