Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Les Freins Invisibles Qui Sabotent La Transition Écologique

Pourquoi La Nature Humaine Reste L’Obstacle Le Plus Sous-Estimé De La Crise Écologique

Il y a des matins où je me réveille avec cette impression sourde que quelque chose de fondamental nous échappe. Nous parlons d’effondrement, de climat, d’urgences multiples, et pourtant, dans les faits, le monde continue comme si de rien n’était. Je me suis souvent demandé pourquoi. Pourquoi, malgré la clarté des alertes scientifiques, malgré les catastrophes qui se multiplient sous nos yeux, il nous est si difficile de réagir collectivement, profondément, durablement.

Je suis convaincue que ce blocage ne vient pas uniquement d’un défaut d’informations ou de technologies. Il est plus intime, plus humain. Il réside dans notre incapacité à changer ce que nous avons toujours considéré comme allant de soi : notre rapport au confort, à la croissance, au temps, à l’autre. Ce n’est pas un manque de solutions, c’est une résistance intérieure. Une inertie culturelle, psychologique, philosophique.

Notre société occidentale repose sur une vision du monde héritée de plusieurs siècles de séparation entre l’humain·e et la nature. Ce dualisme cartésien – que j’ai longtemps intériorisé sans le questionner – justifie notre exploitation sans limites des ressources, comme si nous étions en dehors du vivant. « La nature » devient un décor, un stock, un problème à résoudre. Jamais un monde dont nous faisons partie.

Et lorsque la conscience écologique émerge, elle se heurte à des forces contraires très puissantes : la logique capitaliste qui valorise l’accumulation, la temporalité politique à court terme, la peur du déclassement, et ce que j’appelle l’angoisse du renoncement. Cette peur, je la ressens parfois moi-même. Elle surgit dans ces petits gestes du quotidien où je sais que je pourrais faire mieux, mais où le confort l’emporte. « Nous savons, mais nous ne voulons pas voir », écrivait si justement GüntherAnders.

Certain·e·s appellent cela une dissonance cognitive. Moi, j’y vois surtout une tension tragique entre nos valeurs affichées et notre mode de vie profondément enraciné. Nous sommes pris·es dans une contradiction qui va bien au-delà de la simple hypocrisie. Elle touche à notre imaginaire collectif : celui d’un progrès linéaire, d’une liberté définie par la consommation, d’un monde toujours maîtrisable par la technique.

C’est pourquoi j’ai choisi d’adopter une approche non culpabilisante, mais exigeante. Plutôt que de pointer du doigt ce qui ne va pas chez les autres, je tente de comprendre ce qui, en moi aussi, freine la bascule. Ce choix m’amène à cultiver une écologie du sens, une forme de vigilance intérieure, où chaque geste devient une question posée : « Est-ce que cela nourrit réellement ma liberté ? »

Je pense notamment à cette anecdote récente : une amie, engagée et brillante, me confie qu’elle n’arrive pas à se séparer de ses vols low cost. Elle le dit avec gêne, mais aussi lucidité. Elle sait que c’est incohérent, mais son besoin de s’évader est plus fort. Cette tension-là, nous la vivons toustes à des degrés divers. Et c’est justement là qu’il faut agir, en revalorisant le sens, la lenteur, le lien.

Certain·e·s penseurs et penseuses, comme HansJonas ou BernardStiegler, insistent sur l’idée que la vraie responsabilité écologique est une responsabilité envers le futur, envers celles et ceux qui ne peuvent pas encore parler. « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur Terre », écrivait Jonas. Ce principe, simple en apparence, est en réalité révolutionnaire. Il nous pousse à sortir de la logique du tout, tout de suite.

Je crois que la transformation écologique passera moins par des injonctions que par une métamorphose du regard. C’est une affaire de culture, de récit, d’intimité partagée avec le vivant. Et cela commence par accepter que changer, c’est aussi perdre. Perdre des certitudes, du confort, parfois des privilèges. Mais cette perte peut être féconde. Elle ouvre la voie à une autre forme de joie, plus profonde, plus libre.

Alors je veux croire qu’en regardant avec honnêteté nos propres limites, nous pourrons y puiser des forces insoupçonnées. Non pas pour devenir parfait·e·s, mais pour devenir plus justes, plus vivant·e·s, plus relié·e·s.

Références utilisées :

– Le Monde, dossier sur l’hypothèse Gaïa, 17 mai 2024

– Le Monde, article sur l’écomarxisme, 10 juillet 2024

– Institut Français des Relations Internationales (IFRI), analyses climat et transition, 2023-2024

– Echosciences, Michel Magny sur les racines humaines de la crise écologique, mars 2024


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