Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Pourquoi Le Pique-Nique Remplace Les Restaurants En Corse

Pourquoi Le Pique-Nique Remplace Les Restaurants En Corse

Réflexion Sur Une Nouvelle Manière De Voyager En Connexion Avec Le Vivant

Il y a des soirs où la lumière se fait plus douce, où le vent caresse à peine la peau, et où l’on a simplement envie de s’asseoir sur un rocher tiède, un morceau de pain dans une main, quelques tranches de lonzu dans l’autre. « Ce soir-là, j’ai compris que manger, ce n’était pas seulement se nourrir, c’était s’ancrer ». Ce souvenir d’une soirée en Corse, loin des nappes dressées et des menus touristiques, m’a profondément marquée.

Ce n’est pas une révolte contre la restauration traditionnelle, ni même un rejet du service, du cadre, du savoir-faire. C’est un mouvement plus discret, plus intérieur, que j’observe autour de moi et en moi-même. De plus en plus de voyageurs et voyageuses choisissent une autre voie : celle du pique-nique partagé, de la cuisine improvisée dans un gîte, du repas simple sous les étoiles. Une tendance discrète, certes, mais révélatrice.

« Je préfère un repas sur le sable, avec du sel sur les doigts, qu’une assiette dorée dans un silence climatisé ». Cette pensée m’est venue en observant des familles sur la plage de Capo di Feno. Des enfants couraient autour d’un sac isotherme ouvert, pendant que des adultes partageaient des tomates coupées, du fromage et des histoires. Il y avait là quelque chose d’éminemment vivant, d’authentique, qui m’a bouleversée. Et je ne suis pas la seule. L’augmentation des locations meublées avec cuisine, l’intérêt pour les marchés de producteurs, ou encore le retour du « spuntinu » corse montrent que nous sommes nombreus·es à aspirer à cette simplicité retrouvée.

Bien sûr, cette évolution soulève des questions : quel avenir pour les restaurateurs locaux ? Comment maintenir l’équilibre entre autonomie et soutien à l’économie insulaire ? Je me les pose sincèrement, sans y répondre tout à fait. Mais je crois que nos manières de voyager peuvent coexister, s’ajuster, s’harmoniser. Il ne s’agit pas de consommer moins, mais de consommer autrement. D’offrir un pourboire aux paysan·ne·s, de saluer les pêcheurs et pêcheuses, de redonner de la valeur au geste quotidien : peler, couper, assembler, offrir.

Je n’oublie pas mes repas dans certains petits restaurants corses, où j’ai senti l’âme de l’île dans chaque plat. Mais je ressens aussi, profondément, que l’acte de se nourrir en pleine nature, avec ses mains et son cœur, est une forme de spiritualité. Une manière de se relier au monde. Comme l’écrivait Christian Bobin : « L’essentiel est sans cesse menacé par l’insignifiant ». Peut-être que le pique-nique, dans sa plus grande simplicité, nous ramène à l’essentiel.

Ce choix de repas libre, souvent improvisé, dit quelque chose de notre besoin de ralentir, d’habiter autrement nos vacances, de vivre avec les autres sans dépendance au cadre marchand. Il témoigne aussi de notre lien au territoire : respecter la mer en ne laissant aucun déchet, respecter la terre en cuisinant ses fruits, respecter l’autre en partageant sans attendre.

Je ressors de cette expérience habitée par une certitude : ce que je mange façonne ma manière d’être au monde. Et en Corse, plus qu’ailleurs, j’ai goûté à une liberté que je ne suis pas prête à oublier.

« À vous maintenant : quel est le goût de vos vacances ? »


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