Réinventer Nos Rythmes De Vie Pour Retrouver Du Sens Et De L’équilibre
Il m’arrive parfois de fermer les yeux, de faire taire le tumulte du quotidien, et d’imaginer un monde où le temps ne serait plus compté en heures facturables, mais en instants vécus. Un monde où les corps auraient le droit de souffler, les esprits celui de s’égarer, et les cœurs, enfin, de respirer. « Une vie qui ne laisse pas de place à l’essentiel n’est qu’une course sans ligne d’arrivée ». Cette pensée me revient souvent, comme un souffle discret dans la nuque.
Alors, quand j’entends parler de la semaine de quatre jours sans baisse de salaire, ce n’est pas une mesure technocratique que j’entends. C’est un battement de cœur, une possibilité. Celle d’un rééquilibrage, d’une réparation douce entre ce que l’on donne et ce que l’on reçoit. Ce n’est pas tant l’idée de travailler moins qui me touche, mais celle de travailler mieux, en respectant nos rythmes, nos cycles, nos fatigues silencieuses.
Ce modèle n’est plus un fantasme. Partout dans le monde, des entreprises, petites et grandes, tentent l’expérience. Des données émergent : « une réduction nette du stress, une productivité souvent stable voire en hausse, une amélioration visible de la santé mentale et physique ». Et moi, je ne peux m’empêcher d’y voir un début de réponse à ces nuits blanches qu’on ne compte plus, à ces douleurs lombaires qui murmurent « tu vas trop vite », à cette impression d’être toujours un peu en retard sur soi-même.
Certain·e·s parleront d’utopie, d’inapplicabilité économique. Mais je crois que derrière cette prudence se cache souvent une peur : celle de changer notre rapport au travail, et donc à nous-mêmes. Car cela suppose de réinterroger une croyance bien ancrée : « plus je travaille, plus je vaux ». Et si la valeur ne se mesurait plus à l’usure ? Si elle s’incarnait dans la créativité, la présence, la capacité à coopérer, à être là vraiment ?
Je me souviens de cette amie, enseignante dans une petite ville, qui me confiait avoir redécouvert ses élèves après être passée à 80 % : « J’avais moins d’heures, mais plus d’attention. J’étais moins fatiguée, plus présente, plus humaine ». Ce n’est pas un luxe, c’est un choix politique et humain. Et ce témoignage, parmi d’autres, m’interpelle. Pas pour généraliser, mais pour ouvrir une brèche.
Certaines limites existent, bien sûr. Les expérimentations restent volontaires, souvent limitées à des secteurs favorables. Mais faut-il attendre que tout soit parfait pour oser avancer ? Pour semer des graines dans une terre parfois aride, mais toujours fertile de sens ? Je crois que non. Il y a là un chemin possible, à tracer à plusieurs, à ajuster selon les réalités de chacun·e. Mais un chemin tout de même, pour celles et ceux qui aspirent à une autre façon de vivre.
Je repense à cette phrase de Christophe André : « Le temps que nous nous accordons est un acte d’amour envers soi-même ». Peut-on espérer mieux comme socle de transformation collective ?
Alors je rêve d’un monde où nos semaines seraient un peu plus courtes, mais nos vies, infiniment plus vastes. Où les entreprises deviendraient des lieux de sens, et non de sacrifice. Où l’on cesserait de glorifier l’épuisement pour célébrer enfin la justesse, la nuance, la respiration. Et si ce rêve devenait une réalité, pas à pas, un vendredi à la fois ?







