Quand La Conquête Du Pouvoir Vire À La Comédie Nationale (Et Un Peu Locale Aussi)
Je ne sais pas vous, mais j’ai toujours été fascinée par ces moments où la politique se transforme en un grand plateau de théâtre. On y trouve des actrices et acteurs chevronné·e·s, des intrigues plus ou moins subtiles, et ce délicieux goût d’absurde qu’on croyait réservé aux pièces de boulevard. La candidature de Rachida Dati à la législative partielle dans la 2e circonscription de Paris en est une parfaite illustration.
À peine avait-on eu le temps de digérer l’annonce du Conseil constitutionnel, que déjà l’ambiance s’électrisait. Les Républicains, dans un élan d’unité tout à fait inspirant (ou pas), ont investi Michel Barnier, ancien commissaire européen et Premier ministre éphémère de substitution. Un geste fort. Sauf que voilà, Rachida Dati a décidé de dire « non merci, je me présente quand même ». Pour la discipline de parti, on repassera. Pour le sens du timing dramatique, en revanche, chapeau.
Cette situation a quelque chose de profondément éclairant. Elle révèle ce que beaucoup pressentent depuis longtemps : la droite française n’a pas un programme, elle a des egos. Et parfois, ils ne tiennent pas dans la même salle. On pourrait croire que cette querelle de couloir entre Dati et Barnier ne concerne que quelques rues chics du VIIe arrondissement. Mais non, elle éclaire une lutte bien plus vaste : « qui est légitime pour représenter, gouverner et incarner ? »
Je ne suis pas là pour trancher entre eux. Mais en tant que femme, et en tant qu’électrice sensible à la question de la représentation, j’observe avec un brin d’ironie les injonctions contradictoires qu’on adresse à Dati. Trop locale, pas assez nationale. Trop ambitieuse, pas assez loyale. Trop visible, mais pas assez malléable. C’est fou comme la transgression devient insupportable quand elle vient d’une femme sûre d’elle, avec un parcours rugueux et une vision claire.
Évidemment, tout cela ne se fait pas sans bruit. On parle de cumul, de stratégie, d’alliances secrètes avec le camp présidentiel. On agite les casseroles judiciaires de madame Dati comme si elles étaient des objets de vérité. Pendant ce temps, personne ne s’interroge sérieusement sur les projets concrets pour les Parisien·ne·s, ni sur le modèle de démocratie locale qu’on veut construire. « On préfère jouer la grande pièce du pouvoir plutôt que de réécrire le texte pour qu’il parle enfin à tout le monde ».
Ce qui me dérange profondément, c’est cette manière de gérer les femmes politiques comme des pièces détachées : utiles quand ça arrange, éjectables quand ça dérange. Rachida Dati n’est pas exempte de critiques, et son parcours mérite d’être interrogé. Mais sa résistance face à un parti qui préfère les compromis d’appareil aux ancrages réels mérite qu’on s’y attarde. Comme l’écrivait si bien Marguerite Duras : « Il faut beaucoup aimer les gens pour ne pas les écraser quand on a le pouvoir ».
Dans ce feuilleton, je ne vois pas seulement une querelle de pouvoir. J’y lis une question de fond sur la manière dont on choisit, ou pas, d’incarner la politique avec une forme de fidélité à ses racines. Cela résonne avec ma propre manière de concevoir l’engagement : avec une part d’audace, un sens du terrain, et le refus de jouer les figurant·e·s dans une pièce déjà écrite.
Alors oui, cette législative partielle est une scène. Mais peut-être que dans cette mise en scène se cache aussi un appel. Celui de faire de la politique autre chose qu’un jeu de rôle entre élites fatiguées. À condition, bien sûr, qu’on accepte d’écouter les voix qui ne crient pas seulement pour être entendues, mais pour qu’on change enfin de décor.








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