Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

Pourquoi Je Voyage Seule : Reprendre Ma Liberté En Allant Vers L’autre

Seule Mais Jamais Isolée, Le Voyage M’a Offert Ce Que La Compagnie Ne M’accordait Pas

Il y a des vérités que l’on finit par accepter quand on s’arrête un moment. Pour moi, c’est arrivé un matin à San Pedro au Pérou, en regardant la ville s’éveiller depuis une auberge sans luxe, mais pleine d’histoires. J’ai compris que si je continuais à voyager seule, ce n’était pas seulement par goût de l’autonomie ou de la liberté, mais parce que « j’avais toujours eu plus de problèmes avec ceux avec qui je voyageais qu’avec les autochtones ». Et cette constatation a transformé mon rapport au monde.

Ce n’est pas que je rejette la compagnie, mais bien souvent, elle m’épuise plus qu’elle ne m’élève. Quand je suis avec quelqu’un·e, je me surveille, je m’adapte, je me tais. Et lorsque les besoins, les peurs ou les attentes des autres s’imposent, je perds le fil de mes propres désirs. À l’inverse, quand je suis seule, je choisis. Le silence, le détour, l’arrêt soudain. La lenteur aussi. C’est dans cette liberté retrouvée que je découvre une version de moi que je reconnais enfin.

Certain·e·s pensent que voyager seul·e, c’est fuir. Pour moi, c’est résolument aller vers. Vers soi d’abord, mais aussi vers l’autre. Ce paradoxe m’a toujours frappée : plus je suis seule, plus les gens m’abordent. Peut-être parce qu’il·elle·s sentent que je suis disponible, attentive. Peut-être aussi parce que ma solitude ne fait pas peur, elle inspire confiance. Lorsqu’une femme seule s’installe dans un bus au Pérou ou commande un café à Vienne, elle est souvent perçue comme curieuse, pas menaçante. Et cette posture ouvre des portes invisibles aux voyageuses accompagnées.

Ce que j’aime dans ces rencontres, c’est leur sincérité. On ne se juge pas, on se raconte. On échange des fragments de vie entre deux routes, sans attentes. Il y a quelque chose de profondément humain dans ce hasard bienveillant. Le voyage devient alors un miroir. Et moi, je me vois à travers l’écoute d’un inconnu, le regard d’une vieille femme sur un marché, le sourire d’un enfant dans une gare.

Évidemment, partir seule n’efface pas les dangers. Je n’ignore pas les risques, je les apprends, je les prépare. Mais ce que je refuse, c’est de me laisser définir par eux. Comme l’écrit si justement Lucie Azema : « Le monde n’est pas plus dangereux pour les femmes, il est plus exigeant envers elles ». Et c’est dans cette exigence que je forge ma propre force. J’ai appris à poser des limites, à lire les situations, à me faire confiance. Ce que le monde ne m’a pas appris, le voyage me l’a enseigné.

Je ne dis pas que tout le monde doit partir seul·e. Mais je crois que nous gagnerions à interroger ce besoin de toujours faire ensemble. Car derrière cette injonction, il y a souvent la peur de soi, ou celle du regard des autres. Moi, j’ai trouvé la paix dans la marche solitaire, la respiration libre et le regard neuf que j’offre au monde. Et à chaque retour, je ne suis plus tout à fait la même. Plus forte, plus souple, plus connectée.

Alors si vous ressentez un jour cet appel du dehors, ne l’ignorez pas. Car parfois, c’est en s’éloignant que l’on rentre enfin chez soi.


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