Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

Reconnaissance De La Palestine : Un Geste Symbolique Ou Une Révolution Diplomatique ?

Pourquoi Le Choix De La France Divise, Ébranle Et Interroge

Il y a des décisions politiques qui résonnent comme des coups de tonnerre feutrés. La récente annonce de la France reconnaissant officiellement l’État de Palestine en septembre prochain à l’ONU fait partie de celles-là. Un frisson diplomatique dans une époque engourdie, une posture morale qui tombe à pic… ou presque. Parce que derrière l’apparente grandeur de cette prise de position se cache tout un théâtre d’ombres. Et dans cette mise en scène, chacun·e joue son rôle, parfois avec panache, souvent avec duplicité.

Je me suis toujours sentie concernée par la quête de dignité et de justice des peuples. La cause palestinienne, si souvent instrumentalisée, est de celles qui obligent à regarder les contradictions, les ambiguïtés, les failles. Cette reconnaissance tant attendue pourrait être un pas de géant… si elle ne ressemblait pas tant à un pas de côté. « Nous reconnaîtrons l’État palestinien », dit la France. Formidable. Mais que reconnaît-on vraiment ? Un territoire en ruine ? Une autorité moribonde ? Un peuple à bout de souffle, pris en étau entre colonisation continue et radicalisation forcée ?

L’intention semble noble, mais le contexte est aussi éloquent que cruel. La guerre à Gaza, les milliers de vies broyées, les silences stratégiques de l’Occident… Et voilà qu’au milieu du chaos, Paris choisit ce moment pour poser un acte solennel. Comme si un drapeau diplomatique suffisait à balayer les gravats. Comme si un geste solitaire pouvait masquer des décennies de tergiversations. J’entends déjà les tambours de la grandeur républicaine battre la cadence d’un humanisme réaffirmé. « La France agit au nom du droit international », nous souffle-t-on avec cette voix grave qui sied aux moments historiques. Soit. Mais pourquoi maintenant ? Et pourquoi seule ?

Il serait naïf de croire à une illumination subite du Quai d’Orsay. Ce coup d’éclat s’inscrit dans un calcul plus large, un agenda de repositionnement. La France tente de réconcilier deux visions du monde : celle d’une Europe usée qui cherche à préserver sa voix, et celle d’un Sud global qui exige enfin d’être écouté. Entre les deux, elle joue les équilibristes, jonglant entre la morale et la realpolitik, la mémoire coloniale et la volonté d’influence. « La politique, c’est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde », disait Paul Valéry. Ce geste diplomatique en est une illustration parfaite : il dit tout… mais ne change rien.

Je ne remets pas en cause l’importance symbolique de cette reconnaissance. Elle envoie un message, elle bouscule une inertie, elle répond – peut-être – à une attente populaire. Mais elle soulève aussi des paradoxes. Car pendant qu’on érige un État sur le papier, on ferme les yeux sur la situation sur le terrain. Qui représente aujourd’hui la Palestine ? Quelle gouvernance est en capacité de construire cet État ? Que fait-on de Gaza, de la Cisjordanie fragmentée, du Hamas, de l’Autorité palestinienne fragilisée ?

Et sur notre sol, la fracture est palpable. Reconnaître la Palestine, c’est aussi rouvrir des plaies communautaires non cicatrisées. La République se veut universelle, mais elle peine à apaiser. Ce geste, s’il est mal accompagné, pourrait accentuer les tensions au lieu de les désamorcer. Car derrière les drapeaux, il y a des visages. Derrière les postures, il y a des vies. Et derrière les décisions diplomatiques, il y a toujours des manœuvres politiques.

Je ne rejette pas le principe de cette reconnaissance. Bien au contraire. Elle est légitime, nécessaire, attendue. Mais elle ne peut pas être un acte isolé, vidé de sa substance, vidé de son courage. Il faut des suites, des garanties, des engagements. Il faut sortir du symbolique pour entrer dans le concret. Sinon, cette annonce ne sera qu’une fanfare de plus dans la cacophonie géopolitique ambiante.

Ce sujet mérite mieux que des effets d’annonce. Il mérite un vrai débat, des engagements sincères, une politique cohérente. Il mérite qu’on lui rende sa gravité, sa complexité, sa vérité. Car reconnaître un État, ce n’est pas simplement tracer une frontière sur une carte. C’est reconnaître une histoire, une souffrance, une humanité. Et cela, aucun vote à l’ONU ne pourra le décréter seul.


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