Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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La Corse En Péril : Sortir De L’Emprise Des Plateformes Touristiques

La Corse En Péril : Sortir De L’Emprise Des Plateformes Touristiques

Comment préserver l’âme insulaire face Aux Plateformes Touristiques

En Corse, chaque pierre, chaque ruelle, chaque sentier porte une mémoire. Ce lien charnel entre territoire et habitant·e·s me paraît aujourd’hui mis à mal par une logique qui ne cherche plus à habiter le monde, mais à le rentabiliser. Depuis quelques années, la prolifération des plateformes comme Airbnb, Le Bon Coin ou Booking.com a transformé en profondeur l’équilibre de l’île. Ce qui devait être une opportunité pour les hébergeurs et hébergeuses est devenu un rouleau compresseur, invisibilisant les solidarités locales et menaçant le droit au logement.

Je ne peux m’empêcher de voir dans cette tendance une dépossession subtile mais brutale. « Ce qui ne se nomme pas n’existe pas », écrivait Albert Camus. Et ce qu’on ne protège pas disparaît. Or, aujourd’hui, en Corse, des familles entières ne trouvent plus à se loger. Des jeunes sont contraint·e·s de quitter leur village pour des studios hors de prix. Des retraité·e·s sont expulsé·e·s, car leur logement peut rapporter plus l’été. Et la saison touristique, au lieu d’être un moment d’accueil et de partage, devient un temps de tension, où les habitant·e·s doivent s’effacer pour laisser place à l’expérience-client.

Ce que je défends, ce n’est pas l’immobilisme. C’est la capacité à penser un modèle juste, qui respecte les rythmes de l’île, qui donne priorité aux besoins des habitant·e·s, et qui reconnaît la valeur du lien plutôt que celle du clic. Il ne s’agit pas de tout interdire, mais de redonner du sens à ce qui se construit ici, ensemble. C’est dans cette perspective que je crois à des alternatives, concrètes et locales. Certaines communes corses commencent à encadrer strictement les locations de courte durée, à limiter les résidences secondaires ou à imposer des déclarations préalables. C’est une première réponse politique, encore trop timide mais essentielle.

D’autres initiatives plus collectives émergent : plateformes coopératives, réseaux solidaires d’hébergement, partenariats avec les centres sociaux, circuits courts du logement. Je suis convaincue qu’il est possible de faire cohabiter accueil et ancrage, économie et éthique. Mais cela exige du courage, une capacité à se désenvoûter des mirages technologiques et à renouer avec l’autonomie. Nous devons apprendre à dire « non » à ce qui déstructure nos lieux de vie, à ce qui déracine sous couvert de modernité.

Ce combat ne se joue pas uniquement sur le terrain législatif. Il est aussi culturel. Il nous interroge sur notre rapport à la propriété, sur ce que nous considérons comme un bien commun. Lorsque la terre devient un actif financier, le lien se rompt. Lorsque les maisons cessent d’être des foyers pour devenir des « produits d’appel », c’est la communauté tout entière qui vacille.

Je me sens concernée, car j’aime cette terre, pas comme une consommatrice, mais comme une femme qui y voit un espace de vie, de transmission, de soin. Chaque saison, je suis témoin de l’épuisement des habitant·e·s, de leur impuissance face à l’ampleur du phénomène. Mais je perçois aussi leur lucidité et leur résistance. C’est à partir d’elles et eux que doit naître la réponse. « Il n’y a pas de lutte locale sans conscience globale, et pas de justice globale sans enracinement local », écrivait une militante pour le droit au logement. Cette phrase m’habite.

Aujourd’hui, la Corse est à un carrefour. Soit elle choisit la voie de la régulation, de l’ancrage, du soin collectif. Soit elle devient un territoire vidé de sa substance, livré aux flux saisonniers et aux logiques d’optimisation. Je crois que nous avons le pouvoir d’infléchir cette trajectoire. En questionnant nos choix, en soutenant les alternatives, en partageant nos expériences.

Il est urgent d’agir. Pour que la Corse demeure vivante, habitée, résistante. Pour que demain, nos enfants puissent encore dire « ici, c’est chez moi ».

Références utilisées :

– Observatoire des inégalités : Les conséquences sociales de la location touristique en Corse

– INSEE Corse : Évolution du logement saisonnier sur l’île entre 2012 et 2024

– Rapport de l’Assemblée de Corse sur le foncier et l’habitat

– Le Monde Diplomatique : Tourisme contre habitabilité : le modèle Airbnb en question


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