Populisme Et Ploutocratie, Deux Visages D’une Démocratie En Quête De Sens
Je ne peux pas me rappeler la dernière fois où j’ai entendu quelqu’un parler de démocratie avec confiance, sans soupçon ni amertume. Ce mot, autrefois porteur d’espoir collectif, semble aujourd’hui vidé de sa substance, tiraillé entre des élans populaires déçus et l’ombre tenace de l’argent qui oriente, discrètement mais fermement, les choix publics. En tant que femme engagée pour une société inclusive, j’observe ces tensions avec une attention inquiète mais résolument lucide.
Ce qui me frappe, c’est cette polarisation croissante du paysage démocratique : d’un côté, une montée des discours populistes qui prétendent incarner « la volonté du peuple », et de l’autre, une domination de plus en plus visible des intérêts économiques concentrés, qui suggère une forme moderne de ploutocratie. Ces deux tendances, bien que souvent présentées comme opposées, révèlent un malaise commun : celui d’une démocratie qui ne semble plus répondre aux aspirations de celles et ceux qu’elle est censée représenter.
Le populisme s’appuie sur une idée simple, presque séduisante : le peuple saurait mieux que ses représentant·e·s ce qui est bon pour lui. Cette idée se nourrit d’un sentiment de dépossession, d’un rejet des institutions perçues comme éloignées et sourdes. Pourtant, cette vision homogénéisante du peuple ignore les différences, gomme les désaccords, et tend à imposer une unique voix – souvent celle de celles·ceux qui crient le plus fort. Elle simplifie à l’extrême des conflits réels et profonds, au risque de renforcer les divisions au lieu de les dépasser.
À l’inverse, la ploutocratie s’installe sans fracas, dans l’ombre des circuits économiques et des décisions politiques influencées par des logiques financières. Elle s’appuie sur un pouvoir non élu, protégé par l’opacité et l’expertise technique. Ce pouvoir silencieux s’exerce sans légitimation populaire, mais avec des conséquences majeures sur nos vies. Il choisit ce qui compte, ce qui coûte, et ce qui peut attendre. L’idéal démocratique d’égalité politique se heurte alors à une réalité où « l’argent décide là où la parole devrait primer ».
Dans cette tension, il devient essentiel de repenser la démocratie, non pas comme un régime parfait, mais comme un espace en perpétuelle construction. J’ai le souvenir d’une conversation dans un café, où un petit groupe débattait passionnément du RIC, chacun·e invoquant « le vrai peuple » tout en défendant des positions radicalement opposées. Ce moment m’a rappelé que la démocratie n’est pas l’absence de conflits, mais leur reconnaissance et leur organisation.
Certain·e·s penseurs et penseuses, comme Chantal Mouffe ou Claude Lefort, proposent une voie plus nuancée : celle d’une démocratie « agonistique », qui accepte les antagonismes comme moteur du débat public. Cette perspective rejoint mes propres valeurs, en ce qu’elle privilégie le pluralisme, l’écoute et la conflictualité constructive plutôt que la recherche illusoire d’un consensus lisse.
Je suis convaincue que la démocratie ne doit ni céder aux sirènes du simplisme émotionnel, ni se soumettre aux injonctions d’un marché globalisé déconnecté du réel. Elle doit au contraire se nourrir de la diversité des voix, des luttes, des expériences vécues, pour se réinventer sans cesse. Comme le disait Simone Weil : « L’attention est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité ». C’est cette attention-là, à l’autre, à la complexité, à la vérité des situations, que je crois urgente à réhabiliter dans notre vie publique.
Réapprendre à écouter sans mépriser, à décider sans exclure, à désobéir sans détruire : voilà peut-être ce que nous devons à cette démocratie fatiguée, mais encore vivante. C’est dans les interstices de la parole partagée, du conflit assumé et du pouvoir contesté que pourrait naître une autre manière de vivre ensemble.








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