Les petits billets de Letizia

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Corse : Son Avenir Face Aux Crises Climatiques

Corse : Son Avenir Face Aux Crises Climatiques

Comment L’île Peut Réinventer Son Modèle Économique Et Écologique Pour Résister Aux Défis À Venir

La Méditerranée, berceau d’innombrables récits et carrefour de civilisations, se trouve aujourd’hui confrontée à une réalité implacable : le climat change plus vite que nos sociétés ne s’adaptent. La Corse, île splendide mais vulnérable, est au cœur de ce paradoxe. Entre la beauté de ses paysages et la fragilité de ses ressources, elle doit choisir entre persister dans un modèle économique épuisant ou s’engager résolument dans une bifurcation écologique et sociale.

J’ai choisi d’aborder cette question en adoptant un regard à la fois critique et nuancé, car il me semble essentiel de comprendre non seulement les constats scientifiques et politiques, mais aussi ce qu’ils signifient pour nos vies quotidiennes, pour nos imaginaires et pour nos manières d’habiter le monde.

Nous savons désormais que les trente prochaines années seront marquées par une inertie climatique inévitable. Canicules prolongées, sécheresses récurrentes, feux de forêt plus destructeurs : tout cela ne relève plus de l’hypothèse mais de la certitude. La Corse ne peut pas arrêter ce processus, mais elle peut décider de s’y préparer. Le défi est immense : gérer des ressources en eau de plus en plus rares, protéger un littoral menacé par l’érosion et anticiper des crises énergétiques saisonnières.

C’est dans ce contexte que la question du tourisme prend une dimension particulière. Le modèle actuel, concentré sur les mois d’été, est à la fois une chance et une vulnérabilité. Une chance, parce qu’il fait vivre des milliers de personnes et qu’il incarne un lien fort entre l’île et celles et ceux qui la visitent. Mais une vulnérabilité, parce qu’il exerce une pression intenable sur l’eau, l’énergie et les écosystèmes. Je me souviens d’un été récent où les restrictions d’eau frappaient les habitant·e·s, tandis que les piscines des villas de vacances continuaient d’être remplies. Cette image illustre bien l’injustice écologique qui menace la cohésion sociale.

La protection des écosystèmes corses est, à mes yeux, indissociable de la préservation de son identité. Le balbuzard pêcheur, les prairies de posidonie, les cétacés du sanctuaire Pelagos ou encore l’euprocte des torrents de montagne ne sont pas de simples espèces à protéger : ils incarnent un lien vivant entre l’humain et la nature. Dans la culture corse, la montagne et la mer ne sont pas seulement des paysages, mais des espaces habités par la mémoire et le sens. Menacer ces équilibres, c’est aussi mettre en péril une identité collective.

Les tensions autour de la gestion des déchets rappellent combien la transition est d’abord une question de choix collectifs. Incinérer davantage ou privilégier la réduction et le recyclage ? Maintenir des filières de court terme ou investir dans des solutions durables comme le compostage et la biométhanisation ? Là encore, il ne s’agit pas seulement de technique, mais de politique et de responsabilité partagée. Quant à l’eau et à l’énergie, leur gestion appelle une sobriété organisée. Une tarification progressive de l’eau, par exemple, permettrait d’assurer l’accès pour les besoins vitaux tout en incitant à un usage plus responsable des ressources.

Cette bifurcation nécessaire ne se limite pas aux infrastructures. Elle suppose un changement culturel profond : penser la sobriété non comme une contrainte, mais comme une libération. Bruno Latour écrivait : « Nous ne défendons pas la nature, nous faisons partie de la nature que nous défendons ». Ces mots résonnent avec force pour la Corse : il ne s’agit pas de protéger une nature extérieure, mais de préserver les conditions de notre propre existence.

Face à ces enjeux, la responsabilité est à la fois collective et individuelle. Les institutions doivent planifier, réguler et investir, mais chaque citoyen·ne peut agir à son échelle : choisir des formes de tourisme plus douces, réduire le gaspillage, soutenir les producteurs locaux, respecter les écosystèmes. Ces gestes peuvent sembler dérisoires, mais lorsqu’ils s’additionnent, ils dessinent une autre manière d’habiter l’île et de transmettre sa beauté aux générations futures.

La Corse est à un tournant. Soit elle persiste dans un modèle qui concentre richesses et inégalités tout en épuisant ses ressources, soit elle ose s’engager dans une voie exigeante mais féconde : celle de la sobriété, de la solidarité et de la résilience. Les choix à venir ne concernent pas seulement l’île, mais ce qu’elle représente : une terre qui nous rappelle que la beauté du monde est indissociable de sa fragilité.

L’avenir de la Corse dépendra de notre capacité à dépasser l’immédiat pour imaginer un horizon commun. Et vous, comment imaginez-vous une Corse capable de résister aux crises qui s’annoncent ? Quels choix seriez-vous prêt·e·s à faire, ici ou ailleurs, pour construire un futur plus habitable et plus juste ?

Références

– Collectivité de Corse, Plan d’Aménagement et de Développement Durable de la Corse (PADDUC), 2024.

– Programmation Pluriannuelle de l’Énergie Corse (PPE), Ministère de la Transition énergétique, 2023.

– Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse, Rapport sur l’état des ressources en eau en Corse, 2024.

– Préfecture maritime de Méditerranée, réglementation sur les mouillages, 2024.

– Atmo Corse, étude sur la qualité de l’air et l’impact du tourisme maritime, 2023.

– Bruno Latour, Où atterrir ? Comment s’orienter en politique, La Découverte, 2017.


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