Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

L’Austérité Européenne Et La Responsabilité Des Dirigeants Français

Comment Les Choix Politiques Façonnent « Le Malheur Français »

Depuis plusieurs années, un mot revient avec insistance dans nos débats publics : « austérité ». Derrière ce terme technique se cache une réalité bien concrète : des choix politiques qui pèsent sur notre quotidien, fragilisent nos services publics, compliquent l’accès à l’emploi, et alimentent un sentiment croissant de perte de contrôle collectif. Pourtant, au-delà des chiffres du déficit et des contraintes imposées par Bruxelles, une interrogation demeure : quelle est la part de responsabilité des dirigeant·e·s français·e·s dans ce que beaucoup décrivent comme le « malheur français » ?

J’ai choisi d’aborder ce sujet à travers une approche axée sur la responsabilité. Car si l’Union européenne impose un cadre strict, ce sont nos responsables politiques qui décident de l’appliquer, de le négocier, de l’interpréter et surtout de le justifier auprès de la population. Autrement dit, l’histoire de l’austérité en France ne peut pas être racontée sans examiner la manière dont nos dirigeant·e·s choisissent d’assumer – ou d’éluder – leur rôle dans ce processus.

Les règles budgétaires européennes sont connues : limitation du déficit, réduction de la dette, plans d’ajustement pluriannuels. Dans la pratique, elles se traduisent par des coupes budgétaires rapides, touchant parfois l’éducation, la santé ou la transition écologique. On pourrait croire que les mains de la France sont liées. Mais ce constat ne suffit pas : d’autres pays européens, confrontés aux mêmes contraintes, ont su développer des stratégies différentes, privilégiant parfois l’investissement ou la protection des secteurs clés.

En France, le discours des gouvernements successifs s’articule souvent autour d’une idée simple : « nous vivons au-dessus de nos moyens », « nous ne travaillons pas assez ». Ce glissement rhétorique déplace la responsabilité des difficultés, la faisant peser non pas sur des choix institutionnels ou des politiques publiques, mais sur les citoyen·ne·s eux-mêmes. Cette façon de présenter la réalité est tout sauf anodine. Elle vise à faire accepter comme inévitable ce qui relève en réalité d’une orientation politique, tout en entretenant une confusion sur les véritables sources de nos contraintes.

Je suis frappée par cette contradiction : on exige des sacrifices au nom de la rigueur, tout en proclamant la nécessité d’une Europe plus puissante, plus indépendante et capable de relever les défis de demain. Comment prétendre financer la transition écologique, soutenir une industrie compétitive, ou assurer une autonomie stratégique, si chaque euro de dépense publique est soumis à une surveillance tatillonne ? Ce paradoxe, je l’ai souvent ressenti en écoutant les discours officiels : il révèle une tension permanente entre ambition affichée et résignation silencieuse.

En tant que citoyenne, je vois dans cette attitude une forme d’évitement. Reconnaître que certaines décisions viennent de Bruxelles exigerait de nos dirigeant·e·s un courage politique : celui de dire que la souveraineté nationale a été volontairement partagée, parfois sacrifiée, au nom d’une construction européenne. Or, admettre cette réalité, c’est aussi s’exposer à la critique et au désenchantement. Alors, on préfère maintenir l’illusion du choix souverain, quitte à brouiller la compréhension et nourrir une défiance démocratique grandissante.

Cette posture interroge mes propres valeurs. Je crois profondément en la nécessité de transparence dans l’action publique. Qu’il y ait des contraintes extérieures, nul·le ne le conteste. Mais pourquoi les passer sous silence ? Pourquoi laisser croire qu’elles n’existent pas, ou pire, les transformer en reproches adressés aux citoyen·ne·s ? Il me semble que le rôle des responsables politiques devrait être d’éclairer, d’expliquer, de rendre intelligible la complexité du monde, plutôt que de masquer la vérité derrière des slogans.

Il serait trop simple de réduire nos gouvernant·e·s à des victimes de Bruxelles ou à de cyniques complices. Leur responsabilité est plus subtile : iels ont participé activement à la construction européenne, en ont soutenu les mécanismes, et continuent de les défendre comme gages de crédibilité. Mais ce choix, assumé depuis Maastricht jusqu’aux dernières réformes, a un coût. Et ce coût, ce sont nos concitoyen·ne·s qui le paient chaque jour, dans la qualité des services publics, dans la stabilité de l’emploi, dans la difficulté croissante à concilier fin de mois et dignité. Comme l’écrivait Paul Valéry, « la politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde ». Cette citation résonne particulièrement avec l’évitement que je constate aujourd’hui.

Faut-il pour autant sortir du cadre européen ? Je me pose de plus en plus cette question. Mais il est urgent de défendre nos intérêts avec davantage de clarté et de fermeté. Certaines dépenses, comme l’écologie, l’éducation ou la défense, devraient être sanctuarisées. L’Europe, si elle veut durer, doit aussi se doter d’instruments communs plus ambitieux, afin que l’effort ne repose pas uniquement sur les États les plus fragiles. La France, de son côté, doit assumer ses responsabilités et ne pas se contenter d’un discours moralisateur.

Au fond, la question centrale n’est pas seulement économique. Elle est éthique et politique. Comment accepter que des décisions engageant l’avenir de millions de personnes soient dissimulées derrière une rhétorique de culpabilisation ? Comment espérer raviver la confiance démocratique si l’on refuse de nommer clairement les contraintes réelles ?

Il est temps d’ouvrir ce débat. Non pas pour rejeter en bloc la construction européenne, mais pour demander à nos dirigeant·e·s de redevenir responsables, c’est-à-dire capables de rendre des comptes, de reconnaître leurs choix et leurs conséquences. La responsabilité n’est pas une faiblesse, c’est une exigence démocratique.

Et vous, comment percevez-vous cette tension entre les règles européennes et les choix nationaux ? Pensez-vous que nos dirigeant·e·s assument vraiment la part de responsabilité qui leur revient ? Je serais heureuse de lire vos réflexions et vos expériences.

Références utilisées

– Le Monde, analyses économiques et politiques sur l’austérité et les coupes budgétaires.

– OFCE, études sur l’impact des règles budgétaires européennes.

– INSEE et France Stratégie, travaux sur la désindustrialisation française.

– IFRI et IRIS, réflexions sur l’autonomie stratégique et les contradictions budgétaires.

– Sénat et Assemblée nationale, rapports sur la contribution française au budget européen.


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