Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Corse : Quand L’été Devient Cher, Trop Cher !

Corse : Quand L’été Devient Cher, Trop Cher !

Réflexion personnelle sur l’équilibre fragile entre attractivité touristique et justice sociale

Chaque été, j’entends la même remarque revenir dans les conversations autour de moi : « la Corse est splendide, mais qu’est-ce que c’est cher ! ». Cette phrase, souvent prononcée avec un soupçon de résignation, me frappe toujours. Elle illustre à la fois l’admiration que l’on éprouve pour cette île et le malaise face à une réalité économique qui semble se répéter d’année en année.

Les données le confirment : les prix en Corse sont plus élevés que dans la plupart des régions françaises, et l’été accentue encore ce décalage. L’alimentation, la restauration et surtout le logement connaissent des hausses parfois vertigineuses. Pour les touristes, ce surcoût est absorbé comme une partie du voyage. Mais pour les habitant·e·s, c’est une contrainte supplémentaire sur un quotidien déjà marqué par un coût de la vie supérieur. J’ai moi-même ressenti cette tension lors d’un séjour familial : le simple fait d’aller faire les courses devenait un petit défi budgétaire, transformant un moment anodin en un rappel brutal de cette « insularité économique ».

Ce qui me touche dans cette situation, c’est le contraste entre deux réalités qui cohabitent sans jamais vraiment se rencontrer. D’un côté, des milliers de visiteurs et visiteuses qui affluent chaque été, prêt·e·s à payer un supplément pour profiter du soleil et des plages. De l’autre, des résidents qui voient leur quotidien se renchérir, leurs sorties se limiter, et leurs enfants s’interroger sur la raison pour laquelle une simple glace peut coûter le double en plein mois d’août. « Cette inflation saisonnière a quelque chose d’opportuniste : elle profite d’une demande captive, d’une attractivité sans égale, pour pousser les prix vers le haut sans justification réelle ».

Les saisonnier·e·s sont parmi les premier·e·s à en subir les conséquences. Trouver un logement devient un casse-tête, les loyers explosent et les marges des employeurs se réduisent en raison de cette pression sur les salaires et les coûts fixes. Là encore, le cercle est vicieux : plus les prix montent, plus il devient difficile de recruter, et plus l’offre de service risque de se fragiliser. J’ai le souvenir d’une discussion avec un ami originaire de Bastia : il me racontait comment sa famille avait dû renoncer à certaines sorties estivales, alors même que la ville regorgeait d’activités culturelles et festives. Ce paradoxe m’a profondément marquée.

Bien sûr, il existe des pistes de solution. On parle souvent de réguler davantage les prix du transport, afin que les insulaires ne soient pas pénalisé·e·s par la dépendance à l’avion ou au ferry. D’autres voix proposent de mieux encadrer les locations de courte durée, pour éviter que la logique spéculative ne prenne le dessus sur les besoins de logement locaux. J’adhère à ces propositions, mais j’aimerais y ajouter une idée simple : penser l’économie de l’île en termes de partage. Partager les bénéfices du tourisme, partager l’accès aux ressources, partager les opportunités offertes par cette attractivité mondiale.

Dans cette perspective, je me retrouve dans les mots d’Albert Camus : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Si nous continuons à parler d’« inflation estivale » comme d’un phénomène naturel, nous risquons de passer à côté de son caractère profondément construit et parfois opportuniste. Nommer cette réalité comme une stratégie économique – et non comme une fatalité – est déjà un premier pas vers le changement.

Au fond, ce qui reste d’un voyage, ce ne sont pas les prix payés, mais la qualité des moments partagés, des rencontres et des expériences vécues. La Corse a cette richesse incroyable à offrir, et il serait dommage que l’image d’« île trop chère » finisse par ternir son attrait. Pour moi, l’enjeu est clair : préserver la beauté et l’hospitalité de ce territoire tout en veillant à ce qu’il reste accessible et vivable pour celles et ceux qui y habitent.

Je crois que cette question nous invite à réfléchir à notre rapport au voyage, à la consommation, et même à la justice sociale. Et vous, avez-vous déjà eu ce sentiment qu’un lieu perdait un peu de son charme parce qu’il était devenu « hors de portée » ? J’aimerais beaucoup lire vos expériences et vos ressentis, car ce partage est aussi une façon de repenser ensemble ce que signifie voyager de manière juste et respectueuse.

Références :

– Insee, En Corse, des prix supérieurs de 7 % à ceux de province, 2022

– Autorité de la concurrence, Avis relatif au fonctionnement concurrentiel de l’économie corse, 2020

– Assemblée de Corse, Rapports et délibérations sur la dotation de continuité territoriale, 2024

– Le Point, Saison 2025 en Corse : fréquentation en demi-teinte et pouvoir d’achat en berne, 2025


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