Quand Les Lieux De Culte Deviennent Cibles
Ma Réflexion Sur La Fragilité Du Vivre-Ensemble
Je ne crois pas en Dieu, ni en aucun dogme. Je me définis comme antithéiste, agnostique et laïque, et pourtant je me retrouve souvent bouleversée face à la violence symbolique qui s’exprime à travers les atteintes aux lieux de culte. Lorsque j’ai appris que des têtes de cochon avaient été déposées devant neuf mosquées en région parisienne, j’ai ressenti un mélange de colère, de tristesse et de honte. Ces gestes abjects, commis le 9 septembre 2025, ne touchent pas seulement des croyant·e·s mais toute notre société, car ils rappellent que la haine religieuse se banalise et fracture notre vivre-ensemble.
Je refuse de croire que la République puisse se réduire à une arène où les convictions des un·e·s servent de prétexte aux humiliations des autres. Ce qui s’est produit à Paris, Montreuil, Montrouge, Gentilly et Malakoff n’est pas un simple vandalisme. C’est une attaque ciblée, destinée à blesser, humilier et terroriser. La justice a ouvert une enquête pour provocation à la haine et violences aggravées. Mais au-delà de la procédure, il y a la nécessité de répondre politiquement et socialement à ces signaux alarmants.
Les rapports officiels et les observatoires indépendants soulignent une tendance inquiétante : les actes islamophobes augmentent et se diversifient. La Commission nationale consultative des droits de l’homme note, dans son rapport 2024, une montée des discriminations antimusulmanes, malgré des politiques publiques affichées de lutte contre le racisme. Le Collectif contre l’islamophobie en Europe a recensé plus d’un millier de signalements en France en 2024. Ces chiffres ne disent pas tout de la douleur vécue, mais ils rappellent que ces actes ne sont pas isolés : ils s’inscrivent dans une logique qui cherche à marginaliser une partie de la population.
Je m’interroge : quelle est la responsabilité des responsables politiques, des médias et de chacun·e d’entre nous dans cette dérive ? Les discours publics polarisés nourrissent souvent la suspicion et le rejet, au lieu de désamorcer la peur. En tant qu’incroyante, je ne défends pas une foi particulière, mais je défends la dignité de celles et ceux qui croient. Car dans une démocratie, c’est la capacité à protéger les minorités qui mesure la solidité de notre pacte républicain.
Les réseaux sociaux, eux, jouent un rôle ambivalent. Ils permettent de dénoncer rapidement les actes odieux, mais ils sont aussi les vecteurs d’une propagation accélérée des discours haineux. Les études récentes montrent que la haine en ligne explose et que les systèmes de modération automatique peinent à suivre. Je crois qu’il est urgent que les plateformes assument une responsabilité plus forte, en coopération avec les pouvoirs publics, mais aussi avec les associations qui, chaque jour, tentent d’apaiser les colères numériques.
Face à ces violences, la réponse ne peut pas être seulement policière. Elle doit aussi être sociale, éducative et citoyenne. Sécuriser les mosquées, oui, mais aussi former les forces de l’ordre à mieux comprendre les discriminations religieuses. Soutenir les victimes, simplifier le dépôt de plainte, accompagner psychologiquement les personnes touchées. Et surtout, lancer des campagnes nationales de sensibilisation, comme on l’a fait pour d’autres causes, pour rappeler que l’égalité et la fraternité ne sont pas des slogans mais des engagements.
Il nous appartient aussi de créer des espaces d’échanges interconfessionnels et laïques où chacun·e peut se sentir reconnu·e. L’antithéiste que je suis a trouvé du sens dans ces rencontres où croyant·e·s et incroyant·e·s se parlent non pas pour se convaincre, mais pour se comprendre. C’est peut-être là que réside la vraie force d’une société pluraliste : dans cette capacité à accueillir les différences sans chercher à les effacer.
Je repense à cette phrase d’Albert Camus : « La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent ». Donner aujourd’hui, c’est refuser la banalisation des discours islamophobes. Donner aujourd’hui, c’est dire que la liberté de conscience, qu’on soit croyant·e ou non, ne doit jamais être piétinée. Donner aujourd’hui, c’est construire les conditions d’une paix sociale où chacun·e peut marcher dans la rue ou prier dans son lieu de culte sans crainte.







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