Reflet D’Une Démocratie En Crise
Quand Macron Confond La France Avec Une Start-Up En Faillite
Le 9 septembre, pendant que des centaines de milliers de citoyen·ne·s préparaient leurs banderoles et leurs cordes vocales pour le grand karaoké national du « Bloquons tout », Emmanuel Macron, lui, préparait une annonce digne d’un sketch : « Et notre nouveau Premier ministre est… Sébastien Lecornu ! » Applaudissements enregistrés, rideau rouge, la République est transformée en sitcom politique. Je l’avoue, je n’ai même plus besoin de Netflix : l’Élysée me fournit déjà une saison complète de rebondissements tragico-comiques.
On aurait pu croire que la défaite cuisante de François Bayrou, éjecté à la vitesse d’un ministre dans un avion low-cost après une motion de défiance, allait pousser Macron à la prudence. Mais non : fidèle à sa passion pour les cascades sans filet, il a choisi un Premier ministre fidèle, docile, et surtout, prêt à encaisser les tomates de la foule. Sébastien Lecornu, ex-ministre des Armées, réserviste de gendarmerie et ancien pote d’Alexandre Benalla, arrive donc à Matignon avec son CV sécuritaire, son sourire placide et ses casseroles en inox bien polis.
Alors bien sûr, on nous explique que c’est pour rassurer les marchés, montrer de la continuité et « tenir la barre » dans la tempête. Mais en vérité, on assiste à une pièce de théâtre où le Président joue au chef de projet d’une start-up en liquidation judiciaire. Les finances publiques ? Une dette à 114 % du PIB et un déficit proche de 6 %. Le plan Bayrou ? Une coupe sèche de 40 milliards dans les dépenses publiques, rejetée par l’Assemblée. Les conséquences ? Des hôpitaux en apnée, des universités sous perfusion et des citoyen·ne·s qui descendent dans la rue. Comme dirait l’économiste Frédéric Lordon : « Quand on ne peut plus faire rêver les foules, on leur fait peur avec les chiffres ».
Et puis il y a le personnage Lecornu lui-même. Derrière sa réputation de bon élève macroniste se cache un portrait plus contrasté : soutien des grandes orientations libérales, mais aussi auteur de propos douteux sur le « communautarisme gay », que beaucoup n’ont pas oubliés. Dans une France qui prétend défendre l’égalité et l’inclusion, cette nomination a tout d’un pied de nez. On nomme un homme dont le passé divise, dans un contexte où l’on avait justement besoin d’un profil rassembleur. Chapeau l’artiste.
Le 10 septembre, pendant que Lecornu s’installait dans son nouveau bureau en admirant sans doute la vue sur la Seine, des centaines de milliers de personnes bloquaient rues, gares et dépôts. Entre 175 000 selon la police et 250 000 selon les syndicats : autant dire que même les chiffres de participation sont devenus un champ de bataille idéologique. Mais ce qui est certain, c’est que la colère est bien là. Et quand je regarde ces foules déterminées, je me dis que les citoyen·ne·s, elles et eux, ont encore compris quelque chose que le sommet de l’État a oublié : on ne dirige pas un peuple comme on dirige un tableau Excel.
La crise n’est donc pas seulement budgétaire. Elle est démocratique. La Ve République ressemble de plus en plus à une monarchie élective où le Président change de Premier ministre comme on change de cravate, sans se soucier de la confiance populaire. Les partis d’opposition crient au scandale, les éditoriaux s’indignent, mais au fond, tout le monde joue son rôle dans ce théâtre répétitif. Les médias oscillent entre complaisance et critique superficielle, pendant que le pays, lui, attend un vrai souffle démocratique.
Alors, à quoi bon encore s’indigner ? Parce qu’il en va de notre capacité collective à refuser le mépris institutionnel. Parce que, comme le disait Albert Camus : « La démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité ». Et que ce gouvernement, obsédé par ses ratios budgétaires, semble avoir oublié cette vérité simple. En attendant, moi, je regarde ce spectacle avec la même ironie que l’on réserve aux mauvaises séries : je sais que c’est mauvais, mais je ne peux pas m’empêcher de suivre l’épisode suivant.








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