Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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RSE Et Syndicats

RSE Et Syndicats

Vers Une Redéfinition Des Relations Sociales Dans L’entreprise ?

La Montée En Puissance De La Responsabilité Sociale Interroge Le Dialogue Social

La responsabilité sociale des entreprises, ou RSE, occupe aujourd’hui une place centrale dans le discours managérial et politique. En France comme ailleurs, elle s’est imposée comme une norme implicite, associant performance économique, impact environnemental et engagement social. Si elle incarne un progrès dans la prise en compte des attentes de la société, elle bouleverse aussi les équilibres traditionnels des relations professionnelles. La question est alors simple : la RSE peut-elle renforcer le dialogue social ou au contraire marginaliser les syndicats et leurs rôles historiques ?

De nombreuses entreprises développent désormais des démarches de consultation directe, comme des plateformes de participation, des enquêtes régulières ou des ateliers collaboratifs. Ces initiatives visent à donner la parole aux salarié·e·s, sans nécessairement passer par leurs représentant·e·s. Si l’intention semble louable, le risque est réel : contourner les syndicats et substituer aux revendications collectives des dispositifs fragmentés et individualisés. L’exemple de certaines mobilisations sociales, comme celles qui ont marqué l’industrie sidérurgique française au cours des dernières décennies, rappelle toutefois que les syndicats conservent une capacité unique à défendre les emplois et les conditions de travail face à des décisions stratégiques qui dépassent l’individu.

Parallèlement, la RSE élargit le champ du débat. Les enjeux environnementaux, la transition écologique, la justice sociale ou encore la responsabilité des chaînes d’approvisionnement mondialisées deviennent autant de terrains où les syndicats doivent se positionner. Or, leur histoire et leur pratique se sont souvent construites autour de questions plus directement liées aux salaires, aux horaires et aux conditions de travail. Certains syndicats ont choisi d’embrasser ce nouvel horizon en intégrant des thématiques écologiques dans leurs revendications, tandis que d’autres craignent une dilution de leur rôle traditionnel. Cela soulève une interrogation : comment rester fidèle à la défense des intérêts des salarié·e·s tout en prenant part à des débats globaux ?

Un autre enjeu réside dans la nature même des engagements liés à la RSE. Alors que le droit social repose sur des obligations légales contraignantes, la RSE privilégie souvent des démarches volontaires, comme des chartes, des labels ou des rapports internes. Les syndicats redoutent que ces mécanismes servent à contourner les réglementations, voire à remplacer une régulation publique exigeante par une autorégulation opportuniste. Plusieurs rapports institutionnels récents soulignent la nécessité de maintenir un équilibre entre le volontariat et la contrainte juridique afin d’éviter toute substitution déguisée. En d’autres termes, la RSE ne peut devenir crédible que si elle s’inscrit dans un cadre où la loi demeure la garantie première des droits sociaux.

Cependant, réduire la RSE à une menace serait passer à côté de son potentiel. Pour les syndicats, elle peut constituer une opportunité de renouvellement. En se dotant d’expertises nouvelles – qu’elles soient juridiques, environnementales ou sociétales – les organisations syndicales pourraient devenir des actrices incontournables des politiques de durabilité. Certaines expérimentations vont dans ce sens : négociations de branche intégrant la transition écologique, participation active aux plateformes nationales de concertation, propositions de création de « COP travail » sur le modèle des grandes conférences climatiques. En s’inscrivant dans ces processus, les syndicats peuvent non seulement défendre les droits des salarié·e·s, mais aussi influencer les stratégies globales des entreprises.

Comme l’écrivait Hannah Arendt : « Le pouvoir naît quand les individus agissent ensemble ». La RSE pourrait ainsi devenir un terrain de réinvention collective, à condition qu’elle ne soit pas pensée comme un substitut mais comme un complément au dialogue social. Le défi est démocratique : préserver la place des représentant·e·s du personnel, garantir la transparence des engagements, et reconnaître que la responsabilité sociale n’a de valeur que si elle s’ancre dans une pratique authentique et partagée.

Références

– France Stratégie, « RSE : une ambition partagée », 3 décembre 2021.

– La Revue Cadres, articles sur syndicalisme et RSE, 2020–2024.

– CFDT, dossiers et communiqués sur la RSE, 2023–2025.

– CGT, communiqués sur la participation aux instances de gouvernance RSE, 2024–2025.

– Études universitaires (Cairn, CNRS, Revue de l’organisation responsable), 2013–2024.


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