Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Viol Conjugal En France

Viol Conjugal En France

Consentement, Déni Et Voies D’action

Comprendre Les Silences Et Promouvoir Une Culture Du Respect

Lorsque j’ai découvert qu’en France, une femme sur sept déclarait avoir subi un viol conjugal, j’ai ressenti une colère profonde. Derrière ces chiffres se cachent des vies marquées par le silence, la honte et la peur. Pourtant, malgré la loi qui reconnaît clairement cette réalité, le sujet reste entouré d’un déni social et institutionnel. Pourquoi ce décalage entre le droit et la perception ? Je crois que la réponse se trouve dans la manière dont nous concevons le consentement et les relations intimes au sein du couple.

Dans notre culture, le poids du « devoir conjugal » a longtemps pesé sur les corps et les esprits. L’idée qu’aimer signifiait céder ou que le mariage impliquait un droit automatique au sexe persiste encore. Ces représentations héritées empêchent beaucoup de victimes de mettre un mot sur ce qu’elles subissent. Elles nourrissent la culpabilité, renforcent la normalisation des rapports sexuels non désirés et entretiennent l’idée que dire non dans le couple serait une trahison.

J’entends souvent dire que les violences sexuelles au sein du couple sont difficiles à identifier parce qu’elles ne ressemblent pas à l’image du viol commis par un inconnu. C’est vrai : elles se jouent dans l’intimité, là où l’on attend tendresse et confiance. Pourtant, la peur, l’absence de désir ou la contrainte psychologique suffisent à annuler le consentement. Mais comment le prouver face à un système qui demande encore trop souvent des marques visibles de violence ? Voilà l’un des obstacles majeurs à une reconnaissance pleine et entière.

Les jeunes générations semblent heureusement plus aptes à nommer les choses. C’est un effet des luttes féministes, de l’éducation sexuelle progressive, de la parole libérée depuis #MeToo. Les plus jeunes savent davantage reconnaître un rapport non consenti, là où leurs aînées ont souvent intégré le silence comme norme. Mais ces progrès ne doivent pas masquer les disparités culturelles : dans certaines familles, dans certains milieux, le tabou reste entier, et la transmission éducative continue à invisibiliser la question du consentement.

Ce silence touche aussi les hommes. Comment expliquer que près d’un quart d’entre eux n’intègre pas systématiquement l’idée de vérifier le consentement de leur partenaire avant un rapport sexuel ? J’y vois un mélange de socialisation genrée, de stéréotypes véhiculés par la pornographie, et d’ignorance des réalités juridiques. Tant que nous n’oserons pas poser la question du consentement masculin comme une responsabilité active, le viol conjugal continuera à être minimisé. Les campagnes de sensibilisation doivent cibler les hommes, leur rappeler que l’amour ne dispense jamais du respect.

Les couples homosexuels révèlent un autre aspect de cette problématique. Les sondages montrent qu’ils déclarent plus fréquemment des rapports non désirés. Cela témoigne de dynamiques spécifiques : l’absence de modèles sociaux clairs, la difficulté à identifier des rapports de domination, l’invisibilité des violences dans les communautés LGBTQIA+. Là encore, les ressources manquent, mais cela souligne une chose essentielle : le consentement est une question universelle, qui transcende les genres et les orientations.

J’ai conscience que la loi a marqué un tournant majeur en reconnaissant le viol conjugal dans les années 1990, puis en supprimant toute présomption de consentement entre époux. Mais dans les faits, le déni persiste. Les parcours judiciaires restent semés d’embûches, les victimes craignent souvent de ne pas être crues, et la formation des professionnel·le·s demeure inégale. C’est pourquoi je soutiens l’idée de renforcer l’éducation au consentement dès l’école, de former systématiquement les magistrat·e·s, les forces de l’ordre et les soignant·e·s, et de lancer des campagnes publiques ciblées sur les hommes et les jeunes. D’autres pays ont déjà adopté une approche du consentement positif, où le « oui » doit être explicite. Cette évolution me paraît essentielle.

Comme le rappelait Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme : on le devient ». J’ajouterais que l’on ne naît pas respectueux·se du consentement : on l’apprend. Notre responsabilité collective est de transformer cette éducation en une culture partagée, où chaque individu, quelle que soit sa relation, sait qu’un rapport sexuel sans désir explicite n’est pas de l’amour, mais une violence.

Le viol conjugal n’est pas une zone grise. Il est une violence que nous avons le devoir de nommer, d’écouter, de sanctionner et surtout de prévenir. Pour celles et ceux qui en souffrent, briser le silence est déjà une victoire. Mais pour que cette victoire devienne réelle, nous devons collectivement créer une société où le consentement est une évidence.

Références utilisées

– Sondage IFOP pour ELLE, janvier 2025.

– ONVF, Lettre n°18, février 2025.

– Haut Conseil à l’Égalité, rapport « Violences conjugales », octobre 2020.

– Fondation des Femmes, communiqué janvier 2025.

– Le Monde, tribune Catherine Le Magueresse, octobre 2024.


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