Les petits billets de Letizia

Un blog pour donner à réfléchir, pas pour influencer… #SalesConnes #NousToutes


Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

, ,

Paul Watson À La Fête De L’huma

Paul Watson À La Fête De L’huma

Un Débat Qui Révèle Nos Failles Collectives

Entre vigilance antiraciste et écologie radicale, ma réflexion sur une polémique nécessaire

J’ai assisté de loin à la controverse autour de la venue de Paul Watson à la Fête de l’Humanité, et je dois avouer que les images de son intervention m’ont troublé·e. Voir un homme applaudi ailleurs, hué ici, ne relève pas seulement d’une divergence de style mais d’un clivage profond : celui qui oppose une vision universaliste de l’écologie à des prises de parole soupçonnées de dérives identitaires. Lorsque des militant·e·s crient à l’écofascisme, je ne peux pas balayer d’un revers de main leur inquiétude. Car derrière l’accusation, il y a une vigilance nécessaire : celle de protéger les luttes écologistes et sociales des récupérations qui menacent leur cohérence.

L’usage du mot « écofascisme » peut sembler excessif s’il est appliqué à la légère. Pourtant, son histoire en France rappelle que l’extrême droite a su, depuis des décennies, revêtir l’habit vert pour servir des causes bien éloignées de la préservation du vivant. De la Nouvelle Droite aux discours identitaires contemporains, l’écologie a parfois été pervertie pour justifier des logiques de fermeture, de hiérarchie et d’exclusion. Le philosophe Stéphane François a montré combien cette porosité idéologique restait active. Dans ce contexte, il est compréhensible que certain·e·s voient dans les ambiguïtés du discours de Watson un danger, même si l’homme lui-même se défend de toute intention xénophobe.

Je ne nie pas la complexité des faits. Les propos attribués à Watson, parfois anciens ou sortis de leur contexte, méritent examen. Mais l’enjeu dépasse sa personne. Ce qui s’est joué à la Fête de l’Huma, c’est une lutte pour la définition de l’écologie : une écologie de l’ouverture, de l’hospitalité et de la justice sociale, contre une écologie du repli et du tri sélectif des vies. Lorsque l’on entend que « protéger la nature, c’est aussi limiter la présence de l’autre », on ne peut qu’y lire une dérive inquiétante, car elle rompt avec l’esprit même de l’écologie comme projet universel.

Cette tension ne doit pas être minimisée. Elle menace la cohésion d’un mouvement déjà fragilisé par des divisions stratégiques et politiques. Comment avancer ensemble si certain·e·s se sentent trahi·e·s par la présence d’une figure accusée de tenir un discours contraire aux valeurs d’inclusion ? Comment construire des alliances solides avec les syndicats, les collectifs féministes, les associations antiracistes, si l’écologie radicale se laisse contaminer par des ambiguïtés idéologiques ? Ce débat, loin d’être anecdotique, révèle l’urgence de clarifier nos lignes, de protéger les plus vulnérables, et de refuser toute compromission avec les rhétoriques de l’exclusion.

Je crois que la véritable force d’un mouvement réside dans sa capacité à accueillir le contradictoire tout en posant des garde-fous clairs. Inviter des voix radicales n’est pas un problème en soi, mais il faut que les organisateurs et organisatrices assument la responsabilité d’un cadre protecteur, offrant aux contradicteurs et contradictrices un espace équitable. Comme le rappelait Albert Camus, « mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur du monde ». Nommer les dérives, distinguer l’écologie radicale de l’écofascisme, et protéger nos luttes des confusions : voilà la tâche qui nous incombe.

Références principales utilisées

Reporterre, 12 septembre 2025

Le Journal du Dimanche, 14 septembre 2025

Huffington Post France, 14 septembre 2025

IRIS, rapport du 30 janvier 2025


En savoir plus sur Les petits billets de Letizia

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire