Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Interdire Les Réseaux Sociaux Aux Mineurs

Interdire Les Réseaux Sociaux Aux Mineurs

Une Protection Ou Une Illusion ?

Réflexion Sur Les Limites Et Les Alternatives

Ma voisine de treize ans m’a un jour demandé pourquoi « on veut lui enlever Instagram ». Dans son regard, je lisais à la fois l’inquiétude de perdre un espace de sociabilité et la curiosité de comprendre les raisons invoquées par les adultes. Cette question, apparemment simple, cristallise un débat bien plus large : faut-il interdire les réseaux sociaux aux mineur·e·s, ou plutôt accompagner leurs usages ?

La France discute aujourd’hui de l’instauration d’une majorité numérique à quinze ans. Cette mesure, défendue par plusieurs responsables politiques, s’appuie sur un constat alarmant : la santé mentale des adolescent·e·s s’est dégradée au cours des dernières années, avec une augmentation notable des troubles émotionnels, en particulier chez les filles. On associe souvent cette évolution aux pratiques numériques, et les réseaux sociaux sont accusés de perturber le sommeil, d’entretenir l’anxiété et de renforcer la comparaison sociale. Pourtant, les chercheur·e·s rappellent que les causes sont multiples : contexte familial, pressions scolaires, isolement, et parfois usage positif des plateformes qui permettent aussi la créativité ou l’entraide.

Si l’on interdit strictement l’accès aux plateformes, on réduit certes l’exposition précoce aux contenus violents ou addictifs, mais on court aussi le risque de créer une fracture sociale. Comment un·e adolescent·e pourrait-il ou elle participer aux conversations de son groupe si toustes ses camarades restent en ligne ? L’exclusion numérique peut devenir une nouvelle forme de marginalisation. L’interdiction, même bien intentionnée, risque ainsi de produire un effet contre-productif.

C’est pourquoi de nombreux et nombreuses spécialistes plaident pour une régulation accompagnée plutôt qu’une interdiction absolue. Éducation au numérique dès l’école, formation des parents, dispositifs de contrôle parental réellement interopérables, et surtout régulation des mécanismes addictifs intégrés par les plateformes : telles sont les pistes sérieuses avancées. L’Europe expérimente même des outils de vérification d’âge reposant sur l’identité numérique, afin de responsabiliser les acteurs sans priver les jeunes d’un espace de communication.

Je crois profondément que la solution ne réside pas dans le bannissement, mais dans la responsabilité partagée. Victor Hugo écrivait : « Ouvrir une école, c’est fermer une prison ». De la même manière, ouvrir un espace d’éducation numérique, c’est prévenir des enfermements psychologiques futurs. Les jeunes ne doivent pas être coupé·e·s du monde, mais accompagné·e·s dans son exploration. Les interdictions peuvent protéger un temps, mais seule l’éducation construit la liberté.

En définitive, protéger les mineur·e·s n’est pas synonyme de les isoler. C’est un équilibre délicat entre vigilance et confiance, entre règles claires et ouverture au dialogue. L’enjeu n’est pas d’empêcher nos enfants de naviguer, mais de leur apprendre à tenir le cap dans l’océan numérique.


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