Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Justice Fiscale Ou Austerité Masquée

Justice Fiscale Ou Austerité Masquée

Quand L’Équilibre Budgétaire Se Paie Au Prix Des Plus Fragiles

Pourquoi la France doit choisir la Solidarité plutôt que la Rigueur

Je regarde la France et je vois une maison aux fondations fissurées, où l’on s’acharne à repeindre les murs plutôt qu’à consolider la structure. On nous vend la rigueur comme une vertu, on nous présente la réforme des retraites comme une nécessité, et on balaie d’un revers de main toute idée de justice fiscale. Mais à force de traiter les citoyen·ne·s comme des chiffres, on oublie qu’iels sont d’abord des vies.

La réforme des retraites de 2023 a été imposée au forceps, comme un remède amer qu’il faudrait avaler pour « sauver le système ». Le gouvernement a sorti son 49.3 comme une massue, étouffant le débat parlementaire et méprisant la colère populaire. Certes, d’autres pays ont repoussé l’âge légal bien plus loin. Mais la comparaison est un trompe-l’œil : en Allemagne ou en Suède, l’espérance de vie en bonne santé dépasse celle de la France. Ici, c’est surtout les travailleurs et travailleuses aux carrières pénibles qui paient la facture. On prolonge la souffrance des corps pour équilibrer des colonnes comptables. Voilà l’injustice nue : faire porter le poids de l’équilibre budgétaire sur celleux qui en ont le moins les moyens.

Pendant ce temps, un débat s’invite, presque tabou : celui de la taxe Zucman. Une contribution minime de 2 % sur les fortunes supérieures à 100 millions d’euros. Autrement dit, une goutte d’eau dans l’océan des patrimoines colossaux. Mais à cette simple évocation, le patronat crie au vol, les grandes fortunes agitent le spectre de la fuite des capitaux. Quelle ironie : l’État demande aux plus modestes de travailler deux ans de plus, mais tremble devant l’idée de demander davantage à ceux qui possèdent des milliards. Ce n’est plus de la prudence économique, c’est une reddition politique. Et pourtant, cette taxe aurait un effet symbolique puissant : rappeler que l’impôt est aussi un pacte de solidarité. D’autres mécanismes existent – rétablir un ISF rénové, taxer les superprofits, ou encore instaurer une fiscalité du capital plus juste. Mais on préfère l’immobilisme, enrobé dans de beaux discours sur la compétitivité.

Et puis il y a la dette. Une dette qui gonfle comme une marée sombre, 115 % du PIB, un gouffre qui menace d’engloutir toute politique ambitieuse. On nous répète qu’il faut réduire les dépenses, serrer la ceinture, couper dans le « superflu ». Mais quel est ce superflu ? L’école ? L’hôpital ? La sécurité sociale ? Chaque coupe budgétaire est une entaille dans la chair vive du modèle social. À force de céder aux injonctions des marchés et de Bruxelles, la France risque de sacrifier ce qui fait sa singularité : un État protecteur, garant d’une égalité réelle. L’Allemagne choisit la rigueur, l’Italie réforme ses structures. Et nous ? Nous stagnons, incapables de trancher, condamnés à bricoler entre austérité larvée et réformes à contretemps.

La vérité, c’est que la rigueur budgétaire ne suffira jamais seule. On ne soigne pas une fracture avec un pansement. Sans réforme fiscale audacieuse, sans courage politique pour affronter les puissants, l’équilibre restera un mirage. La justice fiscale doit devenir notre boussole, notre « règle d’or » véritable. Parce que la cohésion sociale n’est pas une charge, c’est un investissement. Et parce qu’une République qui demande toujours aux mêmes de se sacrifier n’est plus qu’une caricature d’elle-même.

Il est temps de rappeler que la justice n’est pas une option budgétaire. Elle est la condition de notre avenir.


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