Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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La Corse A Soif : Une Île Qui Crie Son Manque D’Eau

La Corse A Soif : Une Île Qui Crie Son Manque D’Eau

Quand Le Silence Des Institutions Tue Le Vivant

Entre Inertie Politique Et Catastrophe Annoncée

La Corse a soif. Pas d’une soif passagère qu’une pluie d’été apaiserait. Non, d’une soif chronique, qui creuse ses veines, fissure ses villages et dessèche son avenir. Et face à cette urgence, nos responsables s’abritent derrière des discours convenus, comme si l’eau tombait encore en abondance des montagnes. Mais la réalité est brutale : nous manquons d’infrastructures, nous manquons de courage politique, et bientôt nous manquerons tout simplement d’eau.

Comment expliquer que, malgré les alertes répétées, malgré les sécheresses qui s’enchaînent, la Corse reste engluée dans un retard abyssal ? Les barrages sont insuffisants, les retenues collinaires trop rares, les réseaux vétustes laissent fuir des millions de litres. C’est une hémorragie silencieuse, tolérée par des décideurs et décideuses qui préfèrent inaugurer des ronds-points plutôt que des canalisations. La Cour des comptes l’a dit : « Les lacunes de pilotage freinent tout progrès ». Voilà où nous en sommes : une île capable de bâtir des palaces pour touristes, mais incapable de moderniser ses tuyaux.

La gouvernance, dit-on, est concertée. Concertée ? J’y vois surtout un orchestre désaccordé où chaque acteur joue sa partition sans chef pour tenir la mesure. La Collectivité de Corse proclame son ambition de maîtrise publique, le comité de bassin rédige des plans, les communes réclament des aides, et l’OEHC tente d’exister avec des moyens faméliques. Résultat : des projets qui stagnent, des budgets dispersés, et une ressource vitale qui s’évapore sous nos yeux. Quand on confond concertation et paralysie, on fabrique de la soif.

Et puis, il y a l’ennemi invisible : le climat. La science est claire : « La recharge des nappes diminue, les sécheresses s’intensifient, et les débits s’effondrent ». Ce n’est plus une hypothèse, c’est une trajectoire. Les microrégions vulnérables, du Nebbiu au Grand Sud, vivent déjà sous le régime de la pénurie. Et que répond-on à cette tempête annoncée ? Des réunions. Des rapports. Des promesses de « plans territoriaux de gestion de l’eau ». Pendant que le papier s’empile, les sources se tarissent.

Et comme si cela ne suffisait pas, nous persévérons dans un modèle économique suicidaire : le tourisme de masse. « Chaque été, la population insulaire double. Les hôtels, les piscines, les golfs et les bateaux siphonnent l’eau comme si elle était infinie ». Or elle ne l’est pas. Faudra-t-il interdire les douches aux habitant·e·s pendant que les villas se remplissent de jacuzzis ? C’est à ce niveau d’absurdité que nous conduisent nos choix. D’autres îles méditerranéennes, comme Majorque ou la Sardaigne, ont déjà opté pour la désalinisation ou des quotas stricts. Ici, on continue à vendre l’illusion d’une Corse éternellement bleue et verte.

Reste l’OEHC. Autrefois colonne vertébrale hydraulique, il se débat aujourd’hui dans une impuissance structurelle. Trop peu de moyens, trop de charges, trop de réformes jamais abouties. Pourtant, qui d’autre pour concevoir les grands projets ? Qui d’autre pour sécuriser le Grand Sud et les villages oubliés de l’intérieur ? Si nous n’investissons pas massivement dans cet acteur, nous condamnerons notre île à une gestion d’urgence permanente.

J’écris cela avec colère, mais aussi avec tristesse. La Corse n’a pas besoin de slogans, mais de barrages. Pas d’incantations, mais de tuyaux réparés. Pas de promesses, mais d’eau. L’équité territoriale, ce n’est pas un luxe, c’est une survie. Chaque village, chaque hameau a droit à sa part d’eau claire, comme chaque citoyen·ne a droit à la dignité.

Alors, posons les vraies questions : voulons-nous continuer à applaudir des discours hydratés de rhétorique, ou voulons-nous boire demain ? L’heure n’est plus aux palabres. Elle est à la construction, à la sobriété, à la justice hydrique. Parce qu’une île qui perd son eau, perd sa vie.

Références principales

Cour des comptes, Rapport sur l’OEHC, 2023.

Cerema, Étude sur les effets du changement climatique en Corse, 2021.

Eaufrance / Système d’Information sur l’Eau de Corse, Grands enjeux, 2024.

Assemblée de Corse, Délibérations sur le plan Acqua Nostra, 2023.


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