Reconnaître L’Emprise Et Agir Collectivement
Entre Banalisation, Emprise Et Invisibilisation Des Souffrances Psychologiques
Je veux parler aujourd’hui d’un sujet qui nous touche toutes et tous, parfois de près, parfois de loin : les violences conjugales. Trop souvent réduites à des coups visibles, elles commencent bien avant le premier geste. Dès qu’une relation devient un terrain de domination, d’humiliations répétées ou de contrôle insidieux, la violence s’installe. Ce n’est pas un simple « conflit de couple », c’est une atteinte à la dignité et à la liberté de la personne.
Les violences conjugales prennent plusieurs visages. Elles sont physiques, quand le corps est atteint ; psychologiques, quand la confiance en soi est détruite ; verbales, quand la parole sert d’arme. La loi française inclut aussi les violences économiques, quand l’argent devient un moyen d’enfermement. Ces violences s’exercent dans le couple, mais aussi après la séparation. Ce qui les relie, c’est le contrôle et la peur qui s’installent peu à peu.
Là où commence l’injustice, c’est dans le silence. On croit parfois qu’il faut attendre un « premier coup » pour dire que la violence existe. Mais elle commence bien plus tôt : quand une personne isole l’autre de ses proches, quand les insultes se répètent, quand la jalousie devient un prétexte pour surveiller. Ces micro-violences, accumulées, forment une spirale. Elles sont moins visibles qu’un bleu, mais elles laissent des cicatrices profondes.
L’emprise est au cœur de cette spirale. Elle agit comme un filet invisible. Elle alterne attention et menace, tendresse et mépris. C’est ce balancement qui piège, qui rend la victime dépendante, jusqu’à la convaincre qu’elle est responsable. Les violences psychologiques, longtemps considérées comme secondaires, sont pourtant dévastatrices. Elles détruisent la confiance, isolent et peuvent conduire à l’effondrement psychique. C’est pourquoi elles doivent être reconnues comme des violences à part entière.
Malheureusement, dans l’espace public et politique, ces réalités sont encore souvent banalisées. On parle de « drame familial » ou de « querelle », comme si les violences étaient des affaires privées. Certains discours politiques minimisent l’ampleur en mettant en avant des explications individuelles, alors qu’il s’agit d’un problème systémique. Cette banalisation nourrit le silence des victimes, elle retarde leur demande d’aide et freine la réaction des institutions.
Pour mieux repérer, il existe pourtant des outils concrets. Le « violentomètre », par exemple, est une réglette colorée qui aide à situer une relation : verte quand elle est saine, orange quand elle devient toxique, rouge quand elle est dangereuse. Simple et accessible, il a été conçu pour aider les jeunes et leurs proches à mettre des mots sur ce qui se joue. Ces outils devraient être diffusés largement, à l’école, chez les médecins, dans les transports, partout où ils peuvent être vus.
Reste la question de notre responsabilité collective. Chaque mot employé par une personnalité publique compte. Chaque traitement médiatique influence la perception sociale. Et chaque geste citoyen peut changer une vie : écouter sans juger, orienter vers des structures spécialisées, rappeler qu’aucune victime n’est seule. Lutter contre les violences conjugales, c’est refuser la banalisation et reconnaître la gravité de toutes les formes de violence, y compris celles que l’on ne voit pas.
Références principales
Observatoire national des violences faites aux femmes, Lettre de mars 2024.
Service-public.fr, page « Violences conjugales », mise à jour 2024.
Le Monde, « Les violences conjugales, un problème de santé publique majeur », 19 mars 2025.
Centre Hubertine Auclert, présentation du « violentomètre », 2019–2024.








Laisser un commentaire