Comment La Fermeture Cognitive Sculpte Nos Débats Collectifs
Rigidité Mentale Et Fermeture Cognitive, Ces Vieilles Lunes Qui Gouvernent Nos Esprits
On m’a dit, plus d’une fois, que je manquais d’ouverture d’esprit. La faute à mon agnosticisme, paraît-il, et à mon incapacité manifeste à contempler l’idée sublime que la Terre soit plate. Il faut croire qu’à défaut d’avoir une foi aveugle dans les certitudes, j’ai préféré la myopie volontaire d’un scepticisme ironique. Mais soyons honnêtes : dans un monde où la vérité voyage en low-cost et où la nuance se perd en correspondance, qui peut encore se permettre le luxe de penser lentement ?
La rigidité mentale, c’est un peu le régime autoritaire de notre cerveau. Elle gouverne d’un poing ferme, impose ses décrets et décrète que la contradiction est une menace d’État. Ajoutez-y le fameux besoin de fermeture cognitive – cette soif de réponses rapides, comme un électorat impatient réclamant son lot de promesses électorales – et vous obtenez un cocktail explosif. Résultat : nous figeons nos idées comme des fonctionnaires englué·e·s dans la paperasse, incapables de tamponner le moindre changement.
Au niveau personnel, cette inflexibilité ressemble à un code pénal intérieur : pas de remise en question, pas d’appel, exécution immédiate des vieilles croyances. C’est confortable, comme une vieille paire de charentaises ; mais ça sent le renfermé. Refuser l’ambiguïté, c’est un peu comme exiger que la météo respecte nos agendas : illusoire, infantile et surtout voué à l’échec. Et pourtant, que de vies menées à la baguette par ce besoin d’ordre mental ! On se rassure avec des explications toutes faites, comme on se console avec des slogans creux.
Sur le plan collectif, la rigidité est une arme de destruction massive. Elle alimente les stéréotypes, exacerbe les polarisations et transforme le débat public en foire d’empoigne. Les réseaux sociaux, ces préfets numériques, accentuent le phénomène. Leurs algorithmes nous enferment dans des bulles idéologiques où chacun se congratule d’avoir raison, comme dans une réunion de parti où le contradicteur est soigneusement oublié à l’entrée. Et l’on s’étonne que les « dialogues » politiques ressemblent davantage à des monologues parallèles qu’à une confrontation d’idées ?
Évidemment, la rigidité ne sort pas du chapeau d’un magicien. Elle naît d’un mélange savamment dosé de facteurs psychologiques et socioculturels : un tempérament anxieux, une éducation trop autoritaire, une société saturée d’informations anxiogènes, et bien sûr, l’algorithme providentiel qui nous sert le confort du prêt-à-penser. C’est la recette d’une bonne vieille soupe idéologique : épaisse, lourde et indigeste.
Reste une question : comment sortir de ce marécage mental ? Les solutions existent, mais elles exigent un courage politique et personnel qui fait souvent défaut. Apprendre à tolérer l’incertitude, pratiquer l’attention pleine, éduquer les citoyen·ne·s à l’esprit critique, voilà des antidotes à la fermeture cognitive. Ajoutez-y des plateformes plus transparentes, et peut-être que la démocratie ressemblera à un banquet où l’on sert autre chose que du réchauffé.
Mais attention, ouvrir son esprit, ce n’est pas tout gober. Ce n’est pas croire aux sirènes platistes ni applaudir aux prophètes autoproclamés. C’est accepter d’habiter l’inconfort, cette zone grise où l’on ne sait pas tout et où l’on doit cohabiter avec l’incertitude. Bref, un lieu peu fréquenté, mais ô combien salutaire.
Alors oui, je suis coupable. Coupable de ne pas croire que la Terre est plate, coupable de préférer la complexité au simplisme, coupable d’avoir encore assez d’ironie pour sourire devant ce grand théâtre des idées figées. Et je plaide récidive.








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