Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

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Donald Trump Et Le Nobel De La Paix

Donald Trump Et Le Nobel De La Paix

Tragédie En Quatre Actes Et Quelques Fous Rires

Entre Gaza et Oslo, un même rideau se lève : celui des ambitions de Donald Trump où la paix se joue en coulisses, avec plus d’égo que de sincérité.

Je me souviens de cette matinée d’octobre où j’ai entendu, à la radio, que Donald Trump se voyait déjà lauréat du Nobel de la Paix. J’ai manqué recracher mon café, ce breuvage que je considère pourtant sacré. Le ton des journalistes oscillait entre la gravité diplomatique et un fou rire contenu. « Il le mérite », disait l’un. « Pour avoir arrêté des guerres », ajoutait l’autre, avec une ferveur de tragédien fatigué. Dans ce théâtre mondial où chaque chef d’État rêve de devenir acteur principal de la paix, Trump, lui, semblait avoir confondu le Nobel avec un concours de popularité.

Le comité Nobel, perché dans sa sérénité nordique, répète pourtant depuis un siècle que le prix récompense des « efforts pour la fraternité entre les nations ». Une phrase noble, certes, mais terriblement poreuse aux ambitions humaines. On y entend à la fois la voix des pacifistes et celle des stratèges. Et voilà que Donald Trump, auréolé d’un cessez-le-feu à Gaza fraîchement signé, s’avance sur la scène du monde, bras levés, comme un boxeur réclamant les applaudissements du public avant même le gong final.

Je l’imagine devant un miroir, répétant son discours d’acceptation : « Je dédie ce prix à l’Amérique, la plus pacifique des nations armées ! » Il y a, dans cette image, quelque chose de shakespearien. Une grandeur de façade, un éclair de tragédie dans le regard d’un homme persuadé que la diplomatie est une série télé. Et pourtant, sur le terrain, dans les ruelles bombardées du Soudan, d’autres mains, anonymes et tremblantes, tiennent la paix à bout de bras sans caméras ni communiqués de presse.

Les Cellules d’intervention d’urgence, ces collectifs soudanais qui sauvent, pansent et nourrissent dans le silence du chaos, incarnent une autre définition du courage. Pas de tribune, pas de limousine blindée : seulement la volonté obstinée de préserver la vie. Quand je lis leurs témoignages, je ressens une émotion simple et brutale : la paix, ce n’est pas un slogan, c’est une présence. Un souffle discret au milieu des décombres. Ces volontaires-là méritent mille fois les lauriers que d’autres se décernent eux-mêmes.

Mais la farce continue. À Oslo, les rumeurs s’enflamment : ministres, ambassadeurs, candidats autoproclamés, chacun glisse un nom dans l’urne des illusions. Le Nobel, jadis refuge moral, devient miroir politique. Je songe à cette phrase d’un ancien membre du comité : « Chaque choix du Nobel est un risque diplomatique ». Et je ne peux m’empêcher de sourire devant l’ironie : un prix censé récompenser la paix devient parfois un champ de bataille symbolique. Si Trump l’obtenait, ce serait peut-être la première guerre déclarée contre le bon sens.

Pourtant, au fond, je ne ris pas tant que ça. Car derrière la caricature d’un président en quête de rédemption, il y a une question plus vaste : qu’est-ce que la paix, aujourd’hui ? Est-ce une signature sur un papier ? Un discours solennel au balcon du monde ? Ou le geste d’un·e inconnu·e qui tend la main dans l’ombre ? Peut-être que la réponse se trouve entre les deux, là où la politique cesse de jouer et où l’humain reprend le texte.

Alors, quand le verdict tombera, qu’importe le nom lu à Oslo. Je lèverai ma tasse, non pas pour célébrer un prix, mais pour saluer celleux qui, sans fanfare, continuent à croire que la paix n’est pas une récompense, mais un travail quotidien, fragile et magnifique. Et dans cette tragédie aux airs de comédie, peut-être que le seul vrai miracle est que nous y croyions encore.


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Une réponse à « Donald Trump Et Le Nobel De La Paix »

  1. Avatar de kaika

    Heureusement il ne l’a pas eu. Un gars qui annonce devant ses généraux que les villes américaines sont un bon terrain de jeu pour faire la guerre… même si Nobel est un prix parfois à controverse, il a quand même su donner ce prix à des gens dont leur vie est précaire face à leur combat.

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