Quand Les Prophètes De La Souffrance Reprennent La Parole
La Cour Suprême Joue Avec Le Feu
Je suis une femme bisexuelle, libre et debout. Libre, du moins, jusqu’à ce que la Cour suprême des États-Unis se prenne soudain pour le haut clergé du Moyen Âge. Ces derniers mois, j’ai lu, stupéfaite, que des juges en robe noire pourraient, au nom de la « liberté d’expression », ressusciter les soi-disant thérapies de conversion. Oui, ces rites d’exorcisme modernes censés « corriger » nos amours, nos genres, nos existences.
« Corriger », vraiment ? Voilà un mot qui pue la peur et l’ignorance.
Les nouveaux prêtres de la morale brandissent la Constitution comme un missel. Ils prétendent défendre la liberté religieuse, mais ce qu’ils défendent en vérité, c’est leur droit à la cruauté. Derrière les sourires compassés des conseillers chrétiens se cachent des siècles de culpabilité, de honte et d’effacement imposés. Ce n’est pas Dieu qu’ils servent, c’est leur obsession du contrôle. Et la Cour, sous l’influence d’un conservatisme triomphant, semble prête à leur ouvrir les portes du temple.
« Liberté d’expression », disent-ils. Mais quelle liberté permet de mutiler les âmes ? Celle d’un thérapeute autoproclamé qui voudrait guérir ce que la science, la raison et la décence ont déjà nommé : une diversité humaine naturelle, belle, irréductible ? L’American Psychological Association l’affirme : ces pratiques ne sont pas des soins, mais des traumatismes déguisés. On en sort brisé·e, honteux·se, vidé·e. Parfois, on n’en sort pas. Les chiffres sur les tentatives de suicide des jeunes soumis·e·s à ces pratiques devraient suffire à clore le débat. Et pourtant, les juges hésitent.
Dans un pays où l’on confond la foi avec la peur et la morale avec la domination, la religion sert d’alibi à toutes les violences. Ce retour des thérapies de conversion n’est pas un accident : c’est le symptôme d’un monde qui recule, d’une Amérique qui préfère la prière à la science, le dogme à la compassion. Aujourd’hui les mineur·e·s LGBTQ+ sont visé·e·s, demain viendra le tour des familles, des enseignant·e·s, des soignant·e·s. L’ombre de la croix plane à nouveau sur le corps des autres.
Je regarde ce spectacle et je me demande : « Les porte-parole des dieux sont-ils tombés sur la tête ? » Peut-être. Ou peut-être ont-ils simplement trop aimé le pouvoir pour s’en passer. Et dans ce grand théâtre des vertus offensées, les juges jouent les prophètes, les religieux dictent les lois, et les victimes, encore une fois, paient le prix.
Mais qu’ils sachent une chose : nous ne nous tairons plus. Nous, les bisexuel·le·s, les trans, les queers, les libres. Nous sommes les enfants indociles de leurs cauchemars. Nous avons survécu à leurs dogmes, à leurs silences, à leurs conversions forcées. Nous sommes la preuve vivante que l’amour n’a jamais eu besoin d’autorisation.
Alors oui, je parle. J’écris. J’accuse. Et j’appelle.
« Qu’on cesse de déguiser la haine en vertu, et la torture en soin ! »
Car si la Cour suprême redonne souffle à ces inquisiteurs modernes, c’est à nous, peuple des vivants, d’élever la voix. Pour rappeler que la dignité humaine n’est pas négociable. Ni à la barre, ni à la chaire, ni à la prière.








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