Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

Quand Les Mythes Antiques Réveillent Notre Lien À La Nature

Redécouvrir Le Sens Du Vivant

L’Éveil D’Une Écologie Intérieure

La crise écologique n’est pas seulement une question de climat ou de biodiversité, c’est aussi une crise de sens. Nous avons perdu quelque chose de plus subtil : notre lien intime avec le vivant. Cette perte se manifeste par une forme de désenchantement collectif et d’épuisement psychique face à l’urgence environnementale. Les recherches en psychologie environnementale montrent que cette distance émotionnelle accroît l’éco-anxiété, notamment chez les jeunes générations. En d’autres termes, la crise écologique s’inscrit dans notre psyché autant que dans nos écosystèmes. Pour y répondre, renouer avec des récits anciens pourrait offrir un chemin inattendu vers une écologie plus sensible.

Les mythes antiques, loin d’être de simples légendes oubliées, constituent des miroirs de nos fragilités. Dans l’histoire de Déméter et Perséphone, la séparation entre la mère et la fille symbolise la cyclicité de la nature, la perte et la renaissance. Ces récits aident à penser la transformation plutôt que la disparition. Selon plusieurs chercheur·e·s en sciences de l’éducation, les jeunes qui étudient les mythes développent une meilleure capacité à comprendre les émotions complexes liées au changement climatique. Les symboles anciens deviennent alors des supports pour apprivoiser la peur et la tristesse. Comme l’écrivait Andrée Chédid, « La nature n’a pas besoin que l’on parle d’elle, mais que l’on l’écoute ». Ces mots résonnent comme une invitation à réapprendre cette écoute, à travers le langage du sensible.

Certaines expériences pédagogiques, menées notamment dans des lycées français, expérimentent cette approche. Les ateliers inspirés du projet Philia proposent par exemple à des adolescent·e·s de relire les Métamorphoses d’Ovide en plein air, avant d’observer les transformations d’un milieu naturel local. Ces séances permettent d’associer l’émotion littéraire à l’observation directe, stimulant à la fois l’imagination et l’ancrage sensoriel. Plusieurs études en psychologie positive montrent que ces expériences renforcent l’estime de soi et le sentiment d’appartenance à la Terre. Ressentir la beauté du monde devient une source d’énergie intérieure, un antidote à l’impuissance écologique.

Mais au-delà de la pédagogie, c’est tout un rapport au savoir qui se réinvente. Les humanités environnementales – un champ interdisciplinaire liant écologie, philosophie et littérature – réhabilitent la lenteur, la contemplation et la transmission symbolique. Revenir à Homère ou à Hésiode, ce n’est pas se tourner vers le passé, c’est rouvrir une conversation avec les forces qui nous dépassent. La psychologie humaniste rejoint ici l’intuition antique : le bien-être psychique dépend d’une relation harmonieuse entre soi et le monde. Les mythes, en ce sens, sont des outils d’équilibre. Ils nous rappellent que la sagesse ne naît pas de la domination, mais de la cohabitation.

Cette réconciliation entre culture et nature ne relève pas de la nostalgie, mais d’un apprentissage émotionnel. En observant un paysage, en respirant l’odeur d’un pin ou en relisant un texte ancien, nous engageons un dialogue intérieur. Ces gestes simples favorisent la reconnexion sensorielle, un processus désormais reconnu par la recherche comme facteur de résilience psychologique. Réapprendre à écouter le monde, c’est retrouver notre part mythique – celle qui sait encore s’émerveiller.

Ainsi, les mythes antiques ne nous parlent pas seulement d’un temps révolu : ils nous enseignent à ressentir le présent. Dans un monde souvent saturé d’alertes et de données, ils nous rappellent que la réponse à la crise écologique passe aussi par une transformation intérieure. Redécouvrir cette sagesse ancienne, c’est peut-être apprendre à vivre avec justesse dans le monde d’aujourd’hui.

Références Principales

  1. Étude en psychologie environnementale (Université de Montpellier, 2022).
  2. Rapport sur les humanités environnementales (CNRS, 2021).
  3. Enquête sur les ateliers Philia et l’éco-anxiété des adolescents (Sorbonne Université, 2023).
  4. Article de synthèse en psychologie positive et écologie (Revue Psyché et Nature, 2024).

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