Chronique D’une Transition Qui Tourne En Rond
L’Écologie Populaire : Quand La Planète Oublie Les Quartiers
On nous parle sans relâche de sauver la planète, de verdir nos vies, d’acheter local et de composter nos angoisses. Très bien. Mais soyons honnêtes : dans cette grande parade verte, tout le monde n’a pas reçu l’invitation. L’écologie est devenue ce dîner mondain où les quartiers populaires sont restés sur le palier, à regarder par la vitre les petits fours bio et les grands discours ministériels.
« Ce ne sont pas les riches qui respirent les particules fines », rappelait Dominique Bourg. Et pourtant, les politiques publiques continuent d’enfiler leurs gilets verts sans se demander qui suffoque. La « justice environnementale » ? Une formule chic pour dire qu’on sait que les inégalités existent, mais qu’on préfère en parler dans les arrondissements bien ventilés.
J’ai toujours trouvé savoureux ce contraste : d’un côté, les écoquartiers qui poussent comme des champignons à subventions, avec leurs vélos en libre-service et leurs potagers sur toit. De l’autre, les barres HLM où les fenêtres ne ferment plus, mais où l’on prône la sobriété énergétique à grands renforts de tracts. « Faites des économies », dit-on à celleux qui n’ont déjà rien à gaspiller.
Dans les quartiers, on pratique pourtant une écologie sans le savoir. On répare, on récupère, on partage. Mais ça, personne n’en parle : pas assez photogénique pour la communication gouvernementale. Il faut du bambou, du tofu et un logo avec une feuille verte. Le bricolage de survie, lui, n’a pas encore trouvé son influenceuse.
Les responsables politiques adorent dire que « la transition sera inclusive ». Une formule magique, parfaite pour les conférences de presse. Sur le terrain, elle se traduit souvent par une réunion à 14 h un mardi, dans un amphithéâtre sans ascenseur. On appelle ça la participation citoyenne : à condition d’avoir congé et un badge d’entrée.
Le comble, c’est que cette écologie excluante se veut morale. Sauver la planète est devenu une marque de vertu, un signe d’appartenance à la bonne société. Pendant ce temps, celleux qui vivent au pied des périphériques encaissent les particules, la chaleur, le bruit. Les premiers respirent la pureté, les autres la poussière. Deux mondes, un même slogan.
J’aime à penser qu’une autre écologie est possible, une écologie du quotidien, celle des petites mains, des gestes ordinaires. Pas celle qui fait la morale, mais celle qui rend service. « L’écologie sans justice sociale n’est que jardinage pour privilégiés », dit un proverbe militant. Voilà la seule maxime qui vaille.
Alors oui, il est temps d’arrêter de peindre en vert les façades du pouvoir pendant que le bitume des cités fond. Il est temps d’écouter celleux qui pratiquent la sobriété depuis toujours, non par conviction, mais par nécessité. Tant qu’on continuera de sauver la planète sans sauver les gens, la transition restera une belle pièce de théâtre… jouée devant un public trié sur le volet.
Et si on cessait de confondre écologie et privilège fiscal ? Si on cessait de sauver la planète comme on fait ses courses chez Bio C Bon ? La planète, elle, s’en remettra peut-être. Nous, pas sûr·es.
Références principales
— ADEME, Inégalités environnementales et sociales en France, 2023
— CNLE, Rapport sur la précarité énergétique et les territoires, 2022
— Bourg, Dominique, La Pensée écologique : un défi pour la démocratie, 2020
— Reporterre, L’écologie populaire, un angle mort du débat public, 2024








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