Les petits billets de Letizia

Un blog assertif, pour donner à réfléchir, pas pour influencer…


Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

, , ,

Le Vivant Entre Révélation Et Oubli Du Minéral

Le Vivant Entre Révélation Et Oubli Du Minéral

Quand Le Vivant Devient Le Nouveau Récit Écologique

Penser Le Vivant Pour Agir Ensemble Sans Occulter Le Minéral

Je me suis souvent demandé pourquoi nous parlons tant aujourd’hui du « vivant ». Comme si ce mot portait en lui une promesse de sens, une ouverture vers une manière nouvelle d’être au monde. Pourtant, en le célébrant, je nourris aussi une inquiétude : ne risquons-nous pas d’oublier ce qui ne vit pas – le minéral, le sol, la roche, la structure silencieuse de l’écosystème ? Dans cette réflexion, je choisis de m’appuyer sur mes valeurs : le respect de toutes les formes d’existence et le souci de l’équilibre. Mon approche mêle l’observation quotidienne (une pierre qui retient l’eau, un galet mouillé sur le sentier) et l’analyse des discours écologiques. Je souhaite explorer pourquoi le terme « vivant » suscite un tel engouement, ce qu’il propose en rupture avec la vision traditionnelle de la nature, et quelles en sont les limites – tout en invitant à agir.

Le mot « vivant » se répand dans les médias, les discours militants, la politique publique. Il s’impose comme terme central dans des ouvrages récents et des mobilisations, parce qu’il évoque non seulement ce qui vit (plantes, animaux, microbes) mais aussi les relations, les dynamiques, les processus de vie. Par exemple, l’article du Monde estime que « la crise écologique actuelle est une crise de nos relations au vivant ». (N. Truong, 2021) Cette insistance sur l’agentivité du vivant crée une alliance entre la conscience écologique et l’engagement politique : on ne protège plus seulement une « nature » à distance, mais on restaure – on se restaure – dans un tissu vivant. Cette popularité tient aussi à l’urgence ressentie : face aux rapports alarmants sur la biodiversité, le climat, le vivant devient un mot-moteur. (B. Morizot, 2020)

Traditionnellement, la « nature » a souvent été conçue comme un ensemble extérieur à l’humain, une ressource à exploiter ou à protéger. Des penseurs comme Bruno Latour ou Philippe Descola ont mis en lumière ce découpage moderniste nature / société. (Berthier & Péan, 2022) Le recours au mot « vivant » marque une rupture : il suggère que nous faisons partie d’un même réseau de vie, que les êtres vivants ne sont pas de simples objets mais des co-acteurs. Cette vision renouvelle les récits écologiques : on ne « gère la nature », on co-habite, on co-s’engage. Elle rend visible ce que le concept de biodiversité ne capture pas toujours : l’activité du vivant, sa capacité à rendre la Terre habitable et à se transformer. (Nourritures Terrestres, 2023)

Le succès du terme « vivant » peut être interprété comme une véritable prise de conscience écologique – les citoyen·ne·s transforment leur jardin en refuge, consacrent des hectares à l’« écologie du vivant ». (Le Monde M-Perso, 2025) En même temps, certains travaux critiquent la superficialité de cette rhétorique, soulignant que le mot peut être récupéré ou vidé de son sens. (Francis Wolff, 2025) Le défi est de traduire ce mot-moteur en action concrète : sans cela, parler du vivant reste un effet de style. Je constate dans mon entourage que des gestes simples – laisser une herbe haute, observer un caillou moussu – peuvent reconnecter davantage que des grands discours.

Adopter le « vivant » comme paradigme pose des questions fortes : qui parle pour le vivant ? Comment éviter que le vivant devienne un concept vague ou un argument publicitaire ? Quelle place donner au minéral, au non-vivant ? Catherine Larrère rappelle que l’éviction du mot « nature » peut aussi effacer l’inhabitabilité ou l’« abiotique ». (2022) Sur le plan politique, des organisations comme Révolution Écologique pour le Vivant montrent que le mot « vivant » peut structurer un programme politique ambitieux. (2022) Mais la philosophie alerte : « Nous ne sommes pas seuls à faire l’histoire ; nous sommes en relation ». – Baptiste Morizot. Cela exige de penser l’humain dans ses relations écologiques sans mégalo-centrisme.

Dans mon jardin, j’ai remarqué que la pierre restait immobile et pourtant essentielle : elle accueille la mousse, module l’eau, garde la trace du temps. Ce simple caillou m’a rappelé que le vivant ne se comprend pas sans le minéral. Si le discours écologique valorise surtout ce qui « respire », on oublie parfois ce qui « soutient ». Les initiatives de refuges biodiversité en France renforcent l’idée que l’on peut agir localement – mais elles posent l’interrogation : à quel point ces refuges intègrent-ils aussi le sol, la roche, l’eau invisible ? En choisissant comme fil conducteur la tension entre le vivant et le minéral, je souhaite rappeler que l’écologie réelle est plurielle et que le mot « vivant » n’exclut pas l’inerte, mais le traverse.

Un point clé mérite d’être approfondi : l’agentivité non humaine. Dire « le vivant » c’est reconnaître que les êtres vivants agissent sur le monde – les sols, les champignons, les organismes microbiens. Mais cela réclame une démocratie technique et écologique qui les inclut dans les processus décisionnels. Sans cela, ce mot peut rester symbolique. Dans les débats contemporains, on voit poindre l’idée que les sols, les réseaux d’eau ou de racines puissent avoir voix dans les politiques territoriales – ce qui est encore marginal. Cette approche redéfinit les luttes sociales et environnementales en dépassant la simple sauvegarde d’espèces pour entrer dans la co-constitution des milieux.

Quand je rassemble mes réflexions, je comprends que l’attention au vivant enrichit ma pratique écologique : je n’agis plus seulement « contre » la destruction, mais « avec » ce qui vit. Mais ce que mes valeurs m’imposent, c’est de ne pas oublier le minéral. Le sol, la pierre, la matière sont fondatrices des équilibres. Penser le vivant sans penser l’inerte, c’est risquer de faire une écologie incomplète. Ainsi, je peux dire que le mot « vivant » est puissant mais exigeant : il me rappelle ma place, ma fragilité, et l’élan collectif nécessaire.

Et vous ? À votre échelle, comment pouvez-vous accueillir davantage le vivant ? Vous pouvez commencer par un geste simple : laisser une pierre dans le jardin intacte, observer ce qui s’y installe, ou soutenir une initiative locale de refuge biodiversité. Vous pouvez aussi questionner les politiques publiques dans votre commune : prennent-elles en compte les sols, le minéral, ou seulement la « faune et la flore » visibles ? L’essentiel n’est pas de tout révolutionner, mais d’entrer dans une « écologie de proximité » consciente, qui relève non seulement du geste mais de la pensée.

Nous avons parcouru pourquoi le mot « vivant » suscite aujourd’hui un tel engouement, comment il marque une rupture avec la vision instrumentale de la nature, pourquoi il peut traduire une prise de conscience réelle – ou devenir un effet de mode – et quels enjeux éthiques, philosophiques et politiques il porte. En choisissant de conduire cette réflexion autour de la tension entre le vivant et le minéral, j’ai voulu faire entendre que l’écologie ne se réduit pas à ce qui bouge, respire ou grandit : elle est aussi ce qui reste, ce qui supporte, ce qui structure. Ce sujet est important parce qu’il nous invite à repenser notre rapport à l’ensemble des existants, visibles et invisibles, et à agir, sans nous culpabiliser, mais avec espoir et lucidité. J’invite chacune et chacun à partager son expérience, sa pierre, son coin de jardin, sa réflexion : comment accueillez-vous le vivant autour de vous ?

Références principales utilisées :

  1. Truong N., « Le “vivant”, un concept qui gagne en popularité dans la philosophie et les combats écologiques », Le Monde, 22 septembre 2021.
  2. Berthier S. & Péan V., « [L’envers du vivant] La nature est morte, vive le vivant ? », Revue Sésame INRAE, 23 mai 2022.
  3. Morizot B., « Nous sommes le vivant qui se défend », interview, Socialter, 1er mars 2020.
  4. Article « Parler de “vivant” plutôt que de “nature” : effet de mode ou tournant politique ? », Cdurable.info, 6 septembre 2022.

En savoir plus sur Les petits billets de Letizia

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire