Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

Phénomènes De Bandes En Corse : Le Frisson D’Une Société Qui Se Cherche

Une Violence Qui Bouscule L’Ordre Des Choses

Quand L’Identité Insulaire Fait Face À Ses Propres Ombres

Il y a des nuits qui laissent un goût amer, une sorte de sel brûlant sur les plaies du collectif. Celle de l’agression survenue à Corte en fut une. Une bande de jeunes pris·e·s à partie, une violence soudaine, presque inconcevable dans un lieu que l’on croyait à l’abri des dérives urbaines.

(Dans les villages comme dans les villes corses, on a longtemps pensé que les querelles se réglaient à la parole, à la dignité, parfois au regard – rarement au poing.)

Mais voilà que le réel se rappelle à nous, brutalement.

La sidération s’est transformée en inquiétude. Dans les cafés, sur les places, dans les foyers, on se demande ce qui se passe. Pourquoi la jeunesse insulaire, réputée fière mais respectueuse, semble désormais parler le langage de la défiance et de la rage ? Certains y voient l’ombre d’une « importation » de comportements venus du continent ; d’autres, plus lucides peut-être, y discernent le reflet d’un mal plus profond : le vide, la perte de sens, le sentiment d’être oublié·e·s d’un monde qui change trop vite, sans oublier le basculement de la Corse vers l’extrême droite et ses travers.

La Corse, terre d’attachement et de mémoire, n’est pas isolée du reste de la France.

(Elle en ressent les secousses sociales avec une intensité particulière.)

Ce qui s’exprime dans ces violences de groupe, c’est moins un affrontement entre l’île et le continent qu’une même crise du lien social. Comme l’écrivait Isaac Asimov : « La violence est le dernier refuge de l’incompétence ». Peut-être que ces colères traduisent une incompétence collective à transmettre l’espérance, à offrir des horizons à une jeunesse qui cherche désespérément à appartenir à quelque chose.

Pour autant, il serait trop simple de pointer du doigt ou de brandir la répression comme seul remède. La justice doit être rapide et juste, certes, mais la punition seule n’a jamais reconstruit une société. Ce que demandent les insulaires aujourd’hui, c’est un équilibre : une réponse ferme contre la brutalité, mais aussi un retour à l’éducation civique, à la parole donnée, à la prévention de terrain.

(Car c’est dans la rue, les écoles, les stades et les associations que se joue la paix sociale, bien plus que dans les tribunaux.)

Le malaise actuel révèle aussi une tension identitaire : celle d’une Corse qui s’ouvre au monde tout en craignant de s’y dissoudre. On entend souvent dire ici que « l’île change », parfois avec une pointe de nostalgie, parfois avec colère. Pourtant, ce changement n’est pas une fatalité ; il peut être une chance, à condition de ne pas renier ce qui fait la force du peuple corse : la solidarité, le respect de la parole, le sens de la communauté.

(La modernité ne doit pas effacer la mémoire, mais la nourrir.)

Au fond, ce qui se joue dans ces faits de violence dépasse largement la simple question sécuritaire. C’est une bataille intime pour préserver le tissu humain de l’île. La vraie peur n’est pas celle des bandes, mais celle de devenir indifférent·e·s. Comme l’a rappelé Élie Wiesel : « Ce n’est pas la violence qui détruit la société, mais l’indifférence ». À l’heure où la Corse s’interroge sur son avenir, il nous revient d’ouvrir les yeux sans haine, de dénoncer sans mépriser, de défendre sans idéaliser. Car aimer une terre, c’est la regarder en face, dans sa beauté comme dans ses blessures.

Références principales

  • Rapport « Insécurité et délinquance en Corse », Ministère de l’Intérieur, 2024.
  • Étude sociologique sur les violences juvéniles en milieu insulaire, Université de Corte, 2023.
  • Tribune parlementaire sur la justice de proximité et les violences de groupe, Assemblée nationale, 2024.
  • Analyse « Crise des valeurs et jeunesse corse », Revue Méditerranéenne de Sociologie, 2022.

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