Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

Corse : Entre Identité Et Transformation, L’Île Doit Choisir Son Avenir

Tourisme Durable, Langue Et Ancrage Local

Entre tourisme durable, revitalisation de la langue corse et préservation des villages, l’île de Beauté cherche un équilibre pour construire un avenir harmonieux.

Il y a quelques mois, en traversant « u paese » de Conca en fin de journée, j’ai croisé une vieille dame qui, du haut de ses trois-quarts de siècle, lançait un regard nostalgique sur le littoral en pleine lumière : plusieurs résidences secondaires flambant neuves entouraient le hameau, leurs volets clos en dehors de la saison. Elle m’a simplement dit : « Quand je ne reconnais plus mon village, je me demande qui reste ici ». Cette phrase m’a beaucoup marquée. Elle cristallise ce que je crois être aujourd’hui l’enjeu majeur pour « a terra nostra » : préserver ce qui fait notre identité tout en ouvrant la voie à un avenir choisi, et non subi.

Ma thèse est claire : la Corse ne peut accepter passivement l’homogénéisation culturelle, sociale et spatiale qui accompagne le tourisme de masse, les résidences secondaires et les flux migratoires de loisirs – sans pour autant se replier. Il s’agit de bâtir un tourisme et un développement réellement durables, et de réaffirmer notre langue, notre histoire, notre solidarité communautaire face aux changements.

D’abord, les faits frappent : environ 39 % des logements dans le département de la Corse-du-Sud sont des résidences secondaires ou occasionnelles. Et sur l’ensemble de la région, plus de 36 % du parc de logements appartient à cette catégorie. Cette proportion est plus de trois fois supérieure à la moyenne d’autres territoires. Cela pèse sur les prix de l’immobilier, sur la vie locale, sur l’occupation à l’année des services, et in fine sur l’identité même du village. Dans le même temps, la langue corse affiche une vitalité réelle – mais fragile — : selon une enquête, 58 % des personnes interrogées déclaraient comprendre le corse « bien ou assez bien », mais seulement 28 % le parler « bien ». Et d’après une autre étude : « le déclin de l’usage spontané de la langue […] est de plus en plus palpable ». Voilà le paradoxe : nous avons chez nous une langue forte d’histoire, mais qui hésite encore à s’imposer dans tous les milieux.

Je crois que nous devons œuvrer à un tourisme durable, qui respecte nos paysages, nos villages et nos rythmes. Un tourisme qui ne transforme pas « u paese » en simple décor de carte postale, mais qui permet à nos jeunes de rester ici, de choisir leur vie sans partir parce que le prix du logement est exorbitant. On ne peut pas accepter que des maisons vides dix mois sur douze deviennent notre quotidien. Mais je ne nie pas les contre-arguments : l’apport économique du tourisme est réel, les résidences secondaires peuvent être sources d’investissement, et l’ouverture peut enrichir notre culture. Il ne s’agit pas de tout interdire, mais de poser des règles justes. Par exemple, certains territoires dans l’Hexagone commencent à limiter les nouvelles résidences secondaires pour préserver l’habitabilité locale.

Même nuance pour la langue : « la trop bonne vitalité de l’idiome l’empêche d’émerger comme langue », écrivait un chercheur. Autrement dit : la langue corse ne manque pas d’attachement, mais elle demande encore des gestes concrets, des lieux d’usage, du quotidien. Ainsi, je soutiens la nécessité d’un enseignement fort du corse, d’une présence visible dans les médias locaux, d’un espace culturel partagé. Ceci sans exclure les nouveaux arrivants : chacun·e peut devenir acteur·rice de l’identité de l’île, si l’on favorise la mixité et l’intégration respectueuse.

Pour conclure, je lance un appel : vivons notre île comme un projet commun – pas comme un musée figé. Préservons « a lingua », nos traditions, nos paysages, notre solidarité. Mais accueillons aussi l’évolution comme une chance, pas seulement comme une menace. Et à chacun·e d’entre nous de choisir ce rôle : être gardien·ne de la mémoire, acteur·rice de l’avenir. Le défi est collectif et il ne peut être gagné seul·e.


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