Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

Dette Publique : Faut-Il En Finir Avec La Dépendance Aux Marchés Financiers ?

Comment Repenser Notre Rapport Collectif À L’État Et Au Bien Commun

Une Invitation À Sortir Du Conformisme Budgétaire

Il y a dans la dette publique quelque chose d’à la fois banal et profondément politique. On en parle comme d’un phénomène naturel, une marée qui monte et descend selon l’humeur des marchés. Pourtant, derrière ce récit convenu, se cache un choix de société. J’ai longtemps cru que la dette n’était qu’un instrument technique, une affaire de spécialistes. Jusqu’au jour où j’ai compris qu’elle disait surtout notre conception du bien commun. Et qu’elle révèle, en creux, une inquiétante dépendance aux créanciers privés.

Le recours massif aux marchés financiers a transformé l’État en débiteur sous surveillance. Les obligations qui se négocient chaque matin ne sont pas que des chiffres : elles conditionnent nos hôpitaux, nos écoles, nos infrastructures. En privatisant la gestion de la dette tout en prétendant la « moderniser », on a permis que des intérêts privés s’emparent d’un levier politique essentiel. François Chesnais parlait d’une « création institutionnelle de la dette » : l’idée que la structure même de nos États a été remodelée pour rassurer les marchés plutôt que les citoyen·ne·s. Le constat est rude, mais difficile à balayer d’un revers de main.

Car les conséquences sont bien réelles. Chaque euro versé en intérêts est un euro qui ne finance pas une classe supplémentaire, une maison de santé ou une transition écologique déjà trop lente. On nous répète que la dette est une fatalité, que la rigueur est nécessaire. Mais cette rigueur, bien souvent, tombe sur les mêmes : les classes populaires, les travailleuses et travailleurs des services publics, les territoires déjà fragilisés. Lorsque Thomas Piketty rappelle que la dette renforce les inégalités patrimoniales en alimentant la rente, il ne fait que dire tout haut ce que beaucoup ressentent : la dette n’est pas neutre, elle est un mécanisme de transfert du public vers le privé.

Mais ce système n’est pas arrivé par hasard. Il est le produit de décennies de réformes : autonomie des banques centrales, interdiction de la monétisation directe, règles européennes qui imposent des déficits contraints. Au nom de la « discipline », on a renoncé à un outil pourtant essentiel : la capacité politique à décider de notre propre financement. Nous avons accepté que la légitimité démocratique s’efface devant l’autorité des marchés. Comme si les obligations avaient plus de valeur que les besoins humains.

Faut-il s’y résigner pour autant ? Rien n’est moins sûr. D’autres modèles existent : des banques publiques capables de financer l’investissement sans dépendre totalement des investisseurs privés ; une réforme des règles européennes pour redonner une marge de manœuvre budgétaire ; des formes encadrées de monétisation qui soutiendraient la transition écologique sans creuser les inégalités. Le Japon, dont la dette est principalement détenue par ses résident·e·s, montre qu’un pays peut s’affranchir partiellement de la logique purement financière, sans sombrer dans la déraison.

Il est temps d’ouvrir ce débat. Non pour céder aux rêveries, mais pour redonner un sens au mot démocratie. Si la dette dit quelque chose de nous, alors changeons ce récit. La dépendance n’est pas une fatalité. Elle est un choix. Et comme tout choix, il peut être révisé.


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