Comprendre Nos Malentendus Intérieurs
Pourquoi Nous Ne Parvenons Pas À Nous Dire Vraiment Les Choses
Il m’arrive souvent de repenser à une scène banale : une discussion qui dérape sans que je comprenne comment, un mot mal placé, un silence trop prolongé, et soudain l’autre se ferme. Nous croyons avoir communiqué, mais comme le disait Paul Watzlawick, le plus grand malentendu, c’est précisément cette illusion. Cette idée m’a poursuivie en lisant « Faites vous-même votre malheur », un livre que j’ai adoré, tant il met en lumière nos propres mécanismes d’auto-sabotage communicationnel. Je mesure à quel point nous pouvons, sans le vouloir, créer des murs là où nous pensions construire des ponts.
Si je choisis aujourd’hui d’écrire sur la peur du malentendu, c’est parce qu’elle me semble constituer l’un des phénomènes psychologiques les plus subtils de notre époque : nous parlons énormément, nous envoyons des messages à toute heure, nous multiplions les canaux… et pourtant, nous ne nous comprenons pas mieux. La densité de nos échanges n’efface en rien la fragilité de nos interprétations. Au contraire, elle les amplifie.
C’est en découvrant les cinq axiomes de Watzlawick que j’ai commencé à comprendre ce qui se joue en sourdine dans nos conversations. Nous ne pouvons pas ne pas communiquer : même lorsque nous tentons d’éviter un sujet, notre posture, notre respiration, la manière dont nous baissons les yeux disent déjà quelque chose. La relation teinte toujours le contenu : un même mot prononcé par une amie ou par une collègue n’a pas le même poids. La ponctuation psychologique de nos échanges – là où nous plaçons les débuts et les fins d’une interaction – reconfigure sans cesse le sens. Et puis il y a cette coexistence du verbal et du non-verbal : nous croyons réagir aux mots, alors que nous réagissons souvent à un geste, une tension dans la voix, une hésitation. Enfin, nos relations oscillent entre symétrie et complémentarité : une phrase peut instaurer, sans que nous le voulions, un rapport de force ou au contraire une alliance délicate.
Plus j’avance dans ma pratique, plus je constate que le malentendu naît rarement d’un manque de bonne volonté. Il surgit plutôt d’une peur : peur d’être jugé·e, peur de déplaire, peur de perdre l’autre. Alors nous édulcorons, nous contournons, nous parlons sans vraiment dire. Et dans cette danse d’évitement, chacun·e interprète ce que l’autre n’a jamais dit. J’en viens à penser que le malentendu n’est pas un accident, mais un mécanisme de protection, un voile jeté sur notre vulnérabilité.
Je crois profondément qu’une communication consciente demande un courage silencieux : celui d’écouter avec le corps autant qu’avec l’esprit, celui de regarder l’autre sans projeter nos scénarios internes, celui d’accepter qu’aucune conversation ne nous laisse totalement indemnes. Et si, au lieu de chercher la précision parfaite, nous acceptions l’imperfection de nos échanges ? Si nous reconnaissions que l’essentiel se joue souvent dans ce qui n’est pas dit.
Comprendre la théorie de Watzlawick ne résout pas tout, mais elle ouvre un chemin : elle nous rappelle que chaque mot, chaque geste, chaque silence est un acte relationnel. Et que la responsabilité de la clarté ne repose pas seulement sur l’autre, mais sur la qualité de notre présence. Peut-être est-ce là, finalement, le début d’une communication qui relie plutôt que d’une communication qui blesse.
Références
- La Réalité De La Réalité, 1978
- Une Logique De La Communication, 1967
- Faites Vous-Même Votre Malheur, 1983
- La Communication, 2005








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