Les petits billets de Letizia

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Je ne peux rien enseigner à personne, Je ne peux que les faire réfléchir. (Socrate 470/399 A.JC)

Nutri-Score : Comment Allier Santé Publique et Préservation du Patrimoine Culinaire

Ma Réflexion Sur Le Nutri-Score

Concilier Santé Publique Et Patrimoine Culinaire

Depuis plusieurs années, le Nutri-Score s’est invité dans notre quotidien. Je l’avoue sans détour : je ne le consulte presque jamais. Pourtant, je comprends son utilité, notamment pour les gammes premiers prix où l’information nutritionnelle peut vraiment guider les choix. Entre santé publique et traditions culinaires, je me retrouve souvent à naviguer entre deux univers qui me tiennent à cœur : celui du bien-être et celui du plaisir gustatif.

Le Nutri-Score part d’une intention louable. Il a été conçu pour aider chacun·e d’entre nous à mieux comprendre ce que nous mettons dans notre assiette, dans un contexte où l’obésité et les maladies cardiovasculaires progressent. Certaines études montrent déjà une baisse de la consommation d’aliments ultra-transformés lorsqu’un repère clair est visible sur l’emballage. Cette volonté de rendre l’information accessible est essentielle : elle permet à celleux qui n’ont pas le temps ou les connaissances de décrypter les étiquettes de faire des choix plus éclairés. Je vois dans cette démarche une forme de responsabilisation douce, une invitation à reprendre soin de soi sans pression.

Mais je ne peux ignorer les critiques qui entourent ce système. J’ai grandi dans une culture où un morceau de fromage bien affiné ou une charcuterie artisanale ne sont pas de simples produits : ce sont des héritages, des gestes transmis, des plaisirs partagés. Voir ces aliments systématiquement classés en bas de l’échelle peut donner l’impression qu’ils sont « mauvais », alors qu’ils font partie intégrante de notre identité culinaire. Cette uniformisation pose question : « peut-on vraiment évaluer une diversité gastronomique aussi riche avec un outil unique ? » Comme le disait Theodore Zeldin, la gastronomie est un art qui crée du bonheur. Je refuse de croire qu’il faille choisir entre santé et bonheur.

C’est pourquoi je crois profondément à la recherche d’un équilibre. Plutôt que de diaboliser certains produits, pourquoi ne pas adapter le système ? Intégrer des portions réalistes ou valoriser les méthodes artisanales pourrait rendre l’évaluation plus équitable. Et surtout, il me semble essentiel d’accompagner le public vers une consommation raisonnée : un fromage AOP n’a jamais été conçu pour être mangé tous les jours, mais pour être savouré en petites quantités, avec attention et plaisir. Cette nuance change tout.

L’impact du Nutri-Score dépasse la seule nutrition. Il influence nos habitudes d’achat, notre rapport aux aliments et l’économie locale. Certain·e·s producteurs et productrices redoutent que leurs produits traditionnels soient délaissés à cause d’un mauvais score, alors même que leur savoir-faire fait vivre des territoires entiers. Là encore, il me semble indispensable de construire un dialogue ouvert entre consommateurs et consommatrices, professionnel·le·s et institutions, afin de préserver ce tissu précieux.

À l’échelle européenne, cette question devient encore plus complexe. Comment harmoniser les pratiques tout en respectant les identités culinaires ? Je suis convaincue qu’une solution inclusive n’émergera qu’à travers une coopération sincère entre nations et acteurs et actrices du secteur.

En fin de compte, concilier santé publique et patrimoine culinaire est un défi collectif. Nous avons la responsabilité d’apprendre à mieux manger sans renier ce qui fait notre richesse culturelle. Prendre soin de soi n’est pas incompatible avec la préservation de nos traditions : c’est précisément dans cet équilibre que se dessine une alimentation à la fois consciente, joyeuse et durable.


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